Le
procureur de la République de Dijon, Jean-Pierre Alacchi, a annoncé
hier, jeudi 27 mars, les résultats de l'autopsie de Chantal Sébire. La
mort de celle-ci a été provoquée à la suite de l'absorption d'un
barbiturique, utilisé à une dose mortelle.
Chantal Sébire, 52 ans, atteinte d'une tumeur incurable, avait demandé à
la justice, mercredi 12 mars, la possibilité de "bénéficier d’un
suicide médicalement assisté". Sa demande a été refusée par le
tribunal de grande instance de Dijon le 17 mars. Elle a été retrouvée
morte le 19 mars chez elle (cf.
Synthèse de presse du 18/03/08).
Le barbiturique est un
médicament hospitalier qui n'est plus utilisé aujourd'hui et les
pharmaciens ne délivrent pas ce médicament. "Les concentrations
observées sont plus de trois fois la dose mortelle de ce produit", a
expliqué le procureur. Le Pentobarbital est utilisé en Suisse et en
Belgique pour "suicider" les personnes qui en ont fait la demande.
La médiatisation du cas de
Chantal Sébire a fait oublier les conditions dans lesquelles elle avait
été prise en charge pour les douleurs liées à son esthésioneuroblastome.
"Sur ce point, certaines vérités ont été tronquées, affirme le
docteur Jean-Louis Béal, chef de l'unité de soins palliatifs du CHU de
Dijon. Depuis que l'affaire a été médiatisée, on a entendu dire
que cette patiente souffrait de douleurs que rien ne permettait de
soulager au niveau médical. Et que donc la seule solution possible était
qu'on l'aide à mourir. Pour accréditer cette thèse, certains ont même
dit qu'elle avait une allergie à la morphine. Tout est inexact".
Spécialiste de la douleur, le
docteur Béal avait été visiter Chantal Sébire à son domicile fin 2007. "A
l'issue de cet entretien, Chantal Sébire a refusé tous les traitements
antalgiques que je lui proposais, arguant d'effets secondaires qu'elle
estimait intolérables, précise-t-il. Elle considérait que ces
médicaments allaient la rendre somnolente et lui faire perdre le
contrôle de sa volonté. La seule chose qu'elle acceptait de prendre,
c'était du paracétamol (...). Chantal Sébire ne voulait pas prendre de
morphine. Elle m'a dit que la morphine, c'était de la chimie, donc du
poison", a-t-il expliqué.
Me Antonowicz, avocat de
Chantal Sébire et vice-président de l'Association pour mourir dans la
dignité (ADMD) affirme : elle "a mis fin à ses souffrances elle-même,
elle s'est "autodélivrée", mais je ne veux pas parler de suicide
car ce n'est pas la démarche de Mme Sébire". Il considère qu'il
"faudrait refermer le dossier de Mme Sébire et ouvrir celui de
l'euthanasie pour en discuter dans le cadre d'un débat de niveau
national".
Mais, le procureur de Dijon
entend s'assurer que Chantal Sébire s'est donné la mort sans avoir été
aidée : "La justice, dans cette affaire, ne cherche à faire que son
travail, ni plus ni moins. Je vous rappelle qu'une décision de justice a
rejeté la demande de suicide médicalement assistée de Mme Sébire. Il est
donc légitime de savoir si une infraction pénale a été commise ou non,
si le droit a été respecté".
Une enquête est ouverte pour
savoir comment elle a pu se procurer ce produit. Si l'enquête découvre
qu'elle a été "aidée à mourir", le parquet pourrait ouvrir une
enquête pour "provocation au suicide".