Le
Figaro publie plusieurs tribunes sur le cas de Chantal Sébire.
Emmanuel Hirsch,
directeur de l'Espace éthique de l'AP-HP et du département de recherche
en éthique à l'université Paris-Sud XI, s'interroge : "le combat
éthique à mener pour humaniser si nécessaire la fin de vie, lui conférer
une signification, une reconnaissance que tant d'obstacles compromettent
aujourd'hui, se limiterait-il à la revendication d'un droit, d'un droit
à la mort ?". Pour lui, "le droit de vivre dans la dignité
sollicite davantage nos responsabilités humaines et sociales que
consentir à octroyer la mort au nom d'une conception pour le moins
restrictive de l'idée de dignité".
Dans cette revendication d'un droit à la mort, entre "meurtre par
compassion", "engagement solidaire", "exception d'euthanasie"...,
Emmanuel Hirsch dénonce une "confusion des sentiments - habilement
mise en scène" qui "semble créer les conditions permettant
d'envisager en toute neutralité, sans engager moralement qui que ce
soit, les ruptures ainsi annoncées".
Il estime que les missions du soin reposent sur l'exigence de "préserver
l'humanité d'une relation" et de "ne pas renoncer à reconnaître
l'autre en ce qu'il demeure jusqu'au terme de son existence". Et
cette exigence ne tiendrait pas face à une possibilité euthanasique...
Bernard
Devalois, médecin d'unité de soins palliatifs et Louis Puybasset,
anesthésiste-réanimateur, décrypte l'"affaire Sébire" et les
approximations faites à cette occasion. Il distingue ainsi trois
problématiques :
- la première est celle de l'acharnement thérapeutique, la loi Leonetti
reconnaissant aux patients le droit de refuser des soins qu'ils
considèrent comme disproportionnés et inutiles. "Un problème demeure
: cette loi n'est ni assez connue ni bien appliquée."
- la seconde est la "phase ultime, agonique de la vie", d'autant
plus difficile à supporter que "les symptômes ne sont pas
correctement pris en charge et qu'un accompagnent adapté n'est pas mis
en œuvre". Ce constat appelle une "meilleure formation des
médecins et une augmentation des moyens pour les soins palliatifs".
Dans le cas de Mme Sébire qui "exigeait de la société le droit au
suicide", il est important de préciser qu'elle ne souhaitait pas se
suicider elle-même et refusait les traitements susceptibles de la
soulager. Une fois "le rideau de l'émotion" écarté, "comment
ne pas voir le caractère contradictoire d'un tel transfert sur autrui de
la responsabilité première de chacun sur lui-même ?". Pour eux, "le
suicide doit rester la quintessence de la liberté individuelle".
"Vouloir à tout prix mettre en avant des drames humains afin de faire
croire à la nécessité de substituer un nouveau droit au suicide à
l'actuelle liberté de se suicider est pour nous un erreur. (...)
Notre société doit être capable de trouver des solutions raisonnables,
tant par la loi qui pose des limites, que par la réflexion collégiale
pour affronter des situations exceptionnelles. A la dictature des
passions, nous préférons le règne de la raison", concluent-ils.
Olivier Jonquet,
réanimateur, professeur à la faculté de médecine de Montpellier,
porte-parole de l'association Convergence soignants-soignés,
Xavier Mirabel, cancérologue, président de l'Alliance pour les droits
de la vie et Tugdual Derville, délégué général de l'Alliance pour
les droits de la vie, reviennent eux sur le "triple malaise"
que provoque chez eux la situation de Chantal Sébire.
- Premièrement, Chantal Sébire n'était pas dans une "impasse"
puisqu'elle avait refusé de recourir aux soins palliatifs. Il se demande
quelle image lui a-t-on donné de ces soins pour qu'elle les refuse. Et,
"quel fut le sens d'une demande qui récusait le suicide tout en
réclamant qu'il soit médicalement administré ?".
- Deuxièmement, Chantal Sébire, érigée en "symbole du combat pour
l'euthanasie", n'a-t-elle pas été "l'instrument d'un enjeu qui la
dépassait" ? "Nous n'avons pas la naïveté de croire que cette
image fut innocente. Le mouvement qui l'entourait ne fait pas mystère
d'une revendication bien plus large que celle de traiter les exceptions",
précisent les auteurs.
- Troisièmement, ils pointent du doigt la manière dont a été traité le
cas de Mme Sébire : "des années d'explications sur le sens des soins
palliatifs ont été pulvérisées" par des "slogans mensongers"
sous-entendant que "l'euthanasie était douce", par exemple.