Les
médias reviennent très largement sur le débat relancé par le cas de
Chantal Sébire, retrouvée morte à son domicile mercredi 19 mars dernier.
Rappelons que cette femme de 52 ans atteinte d'une tumeur incurable
réclamait le "droit de mourir", soutenue par l'Association pour le droit
de mourir dans la dignité (ADMD).
Très
médiatisée, cette affaire relance donc le débat sur la fin de vie, entre
ceux qui souhaitent en rester à la loi Leonetti de 2005 et ceux qui
plaident pour une légalisation de l'euthanasie ou l'instauration du
principe d'"exception d'euthanasie" - dont Bernard Kouchner, ministre
des Affaires étrangères et Nadine Morano, toute nouvelle secrétaire
d'Etat chargée de la Famille (cf.
Synthèse de presse du 20/03/08). Matignon a confié au député
Leonetti, auteur de la loi sur la fin de vie actuellement en vigueur, la
mission d'évaluer "la mise en œuvre concrète de la loi" et de "faire
des propositions pour remédier à la méconnaissance ou la mauvaise
application des textes et éventuellement à l'insuffisance de la
législation".
Conseiller
national de l'Ordre des médecins, le Dr André Deseur évoque la
possibilité de mettre en place un "dispositif d'exception, dont il
n'est pas certain qu'il faille l'encadrer lourdement de manière
juridique", tout en excluant une révolution de la déontologie
médicale, selon laquelle le médecin ne peut pas être un "donneur de
mort. Ancien président du CCNE, Didier Sicard s'est montré hostile à
l'éventualité d'une nouvelle loi sur l'euthanasie "à partir de
situations particulières" et après un débat "trop rapide".
Président du Comité d'éthique de l'INSERM, Jean-Claude Ameisen prône
aussi une exception à la loi, à condition toutefois qu'elle ne soit
envisagée que dans le cadre d'une meilleure application de la loi
Leonetti. Laurent Fabius (PS) aurait déjà présenté une proposition de
loi instaurant "une aide active à mourir sous assistance médicale et
étroitement encadrée".
Rachida
Dati, ministre de la Justice, a estimé que la loi Leonetti avait "besoin
aussi d'être évaluée pour voir les adaptations nécessaires pour les cas
à prendre en compte". La semaine dernière, elle s'était opposée à
une légalisation de l'euthanasie : "Nous avons fondé notre droit, et
aussi bien la Convention européenne des droits de l’homme, sur le droit
à la vie", avait-elle expliqué.
Roselyne
Bachelot, ministre de la Santé, a, elle, insisté sur le fait que la loi
Leonetti "est encore trop mal connue" et "n'est donc pas
appliquée". "L'euthanasie active, c'est demander à un médecin de
vous administrer cette mort alors qu'il a pour vocation de soigner, de
sauver des vies", a-t-elle prévenu.
Président
de l'Assemblée nationale, Bernard Accoyer (UMP) a, lui aussi, appelé à
ne pas "légiférer dans la précipitation".
Face
à ce déferlement médiatique et à l'émotion provoquée par le cas de
Madame Sébire, les évêques "appellent à la raison", dénonçant
l'utilisation de la souffrance d'autrui. "Une société ne peut décider
qui doit vivre et qui doit mourir et si telle vie vaut la peine d'être
vécue", répète Mgr Dominique Rey, évêque de Fréjus-Toulon. Rappelant
le code de déontologie médical, selon lequel "le médecin n'a pas le
droit de provoquer délibérément la mort", il explique que "l'acceptation
légale du meurtre volontaire d'un malade de la part des médecins et de
la société ferait vaciller les principes fondamentaux sur lesquels sont
fondés le vivre ensemble et le respect de chacun".
Aujourd'hui,
les circonstances de la mort de Chantal Sébire ne sont toujours pas
connues, mais, selon Le Figaro, une autopsie aurait été pratiquée
; autopsie contre laquelle s'est insurgée l'avocat de la patiente, Me
Gilles Antonowicz, qui est aussi le responsable de la commission
juridique de l'ADMD. "Il n'y a pas de cause spécifique pouvant
expliquer le décès", a déclaré aujourd'hui en fin de matinée le
procureur de la République de Dijon, Jean-Pierre Alacchi.
Ajoutons
enfin que, juste avant sa mort, le médecin de Chantal Sébire, le Dr
Emmanuel Debost, était reçu à l'Elysée qui avait proposé qu'un nouvel
avis médical soit donné sur ce cas "par un collège de professionnels de
la santé du plus haut niveau". Le Monde rapporte que "ces
spécialistes ne cachent pas leur très vif étonnement au vu de l'absence,
durant six ans, de prise en charge médicale adaptée de la malade".
Selon eux, "la maladie dont souffrait Mme Sébire (un
esthésioneuroblastome ou neuroblastome olfactif) ne peut être qualifiée
d'incurable, notamment si elle est traitée de façon précoce. Les taux de
survie sont de l'ordre de 70% cinq ans après une intervention, quand les
troubles sont pris en charge assez tôt".