Soutenue
par l’Association pour le droit de mourir dans la dignité (ADMD),
Chantal Sébire a demandé, hier, mercredi 12 mars, à la justice de
"bénéficier
d’un suicide médicalement assisté", c’est-à-dire d’autoriser son
médecin à se procurer une potion létale qu’elle puisse absorber sous sa
surveillance.
Âgée de 52 ans, Chantal Sébire
souffre d’une esthésioneuroblastome, une tumeur des sinus et de la
cavité nasale, évolutive et incurable (cf.
Synthèse de presse du 28/02/08).
Le 6 mars dernier, elle avait écrit au président de la République pour
lui réclamer le droit de mourir.
Cette requête "exceptionnelle",
selon Me Gilles Antonowicz, avocat de la patiente, a été déposée devant
le tribunal de grande instance de Dijon. D’après lui, la loi Leonetti
sur la fin de vie "reconnaît le droit aux malades en fin de vie de
refuser tout traitement et le droit de soulager leurs souffrances, mais
ne dit rien lorsque les malades refusent la solution proposée qui est le
coma artificiel et la mort au bout de dix à quinze jours". Sans
espérer obtenir une jurisprudence sur le sujet, Me Antonowicz souhaite
"interpeller le législateur". "C’est le dernier combat que
je peux mener, s’il ne me sert pas directement, qu’il serve au moins à
d’autres après moi", plaide Chantal Sébire.
Le président du tribunal a mis son
jugement en délibéré à lundi prochain.
Pour le premier ministre, François
Fillon, si cette demande "provoque chez beaucoup de Français
beaucoup d’émotion", "il ne faut pas laisser penser aux
Français qu’on pourrait régler dans le détail cette question qui est la
question de la vie et de la mort". Il s’en remet à la décision du
juge, tout en rappelant qu’"une avancée considérable" a été
faite avec la loi Leonetti et qu’"il faut avoir la modestie de
reconnaître que la société ne peut pas répondre à toutes ces questions".
"Il faut que la société toute entière prenne en charge cette
question et mûrisse", a-t-il conclu.
La ministre de la justice, Rachida
Dati, s’est déclarée opposée à une loi légalisant l’euthanasie. "Cette
dame demande à la justice de pouvoir exonérer de la responsabilité
pénale le médecin pour lui administrer une substance létale, pour
l’aider à mourir. Ce n’est pas notre droit. Nous avons fondé notre
droit, et aussi bien la Convention européenne des droits de l’homme, sur
le droit à la vie", a-t-elle expliqué.