Zenit
publie un entretien entre Marguerite A. Peeters, rédactrice en chef de l'Interactive
Information Services et Mgr Jacques Suaudeau, membre de l’Académie
pontificale pour la vie, sur l’euthanasie. Cet entretien fait partie du
rapport "Euthanasie, déshumanisation de la mort et fuite de
l’engagement personnel face à la mort" de M.A. Peeters.
Le
mot "euthanasie", forgé par Francis Bacon au XVIIème siècle,
vient du grec "eu" et "thanatos" qui renvoie à "une mort facile et
douce". Aujourd’hui, par "euthanasie" on désigne "l’acte de supprimer
délibérément la vie d’un malade incurable pour mettre fin à ses
souffrances ; ou bien encore pour éviter la prolongation d’une vie
pénible ; ou encore pour mettre fin à une vie estimée non digne d’une
personne humaine, et tout cela pour un motif de pitié".
L’on
parle souvent d’euthanasie dite "active", c'est-à-dire donner la mort
directement, et d’euthanasie dite "passive", c'est-à-dire laisser mourir
le patient en ne lui prodiguant pas de soins jugés inutiles et/ou
pénibles. Mais, le laisser mourir n’est pas euthanasie et, d’ailleurs,
l’euthanasie est toujours active puisqu’elle se définit par une volonté
de donner la mort, quel que soit le moyen choisi : c’est un homicide.
Pour
parler d’"euthanasie", on utilise bien souvent des euphémismes ou un
langage technique, comme "arrêt de nutrition par sonde", "arrêt
d’une alimentation-hydratation", "analgésie en fin de vie",
en jouant sur l'ambigüité des mots et des situations.
Cette
pratique a toujours existé dans notre histoire et trouve aujourd’hui,
dans nos pays occidentaux, un écho très favorable parce que notre
rapport à la mort a évolué : on est passé d’une mort intégrée, prise en
charge à une mort déniée, déshumanisée, fuie...
Et
puis, il existe un véritable mouvement organisé en faveur de
l’euthanasie. La première étape de ce mouvement a été d’introduire la
notion de "meurtre par pitié, par compassion" ; la seconde d'assimiler
l'euthanasie à un "mourir dans la dignité" ; la troisième est
d'introduire la notion de "droit de mourir". Ce mouvement est porté par
de grandes vedettes, à l’instar du Dr Jack Kevorkian aux Etats-Unis ou
de Philip Nitschke en Australie. Leur technique est de prendre un cas
limite, difficile, pour ensuite le généraliser : en France, c'est le cas
de Vincent Humbert qui a été utilisé.
Selon
Monseigneur Suaudeau, l’euthanasie est directement liée à une forme de
déshumanisation parce qu’elle refuse la réalité, celle de la souffrance
et de la mort. Elle ne naît que "de situations "douces", où les
difficultés sont finalement inexistantes et où les gens ont perdu le
sens de l’espérance et misent tout sur le matériel, sur le présent".
Enfin,
il ajoute que la question de l’euthanasie et du suicide assisté a
bouleversé le rapport médecin-patient qui se fondait sur la confiance
réciproque.