Jean-Yves
Nau s'inquiète du sort réservé au Comité consultatif national d'éthique
pour les sciences de la vie et de la santé (CCNE), après que l'Elysée
ait déclaré vouloir en redéfinir les missions et la composition.
Créé en février
1983, "dans l'indifférence générale", par François Mitterrand,
cet organisme indépendant s'est, depuis, montré indispensable face aux
interrogations soulevées par le "foisonnement des sciences du vivant"
et la "médicalisation grandissante des deux extrémités de la vie
humaine". Il a ainsi publié plus d'une centaine d'avis sur la fin de
vie, les techniques de l'assistance médicale à la procréation (AMP), la
pilule abortive RU 486, la lutte contre le sida, la toxicomanie, la
contraception, le diagnostic préimplantatoire... "Il s'est fort
raisonnablement refusé à trancher quant au fait de savoir si l'embryon
humain, fécondé ou non in vitro, était "une personne humaine
potentielle" ou une "potentialité de personne humaine"", ajoute
le quotidien.
Le CCNE a aussi accompagné les réflexions menées autour de la rédaction
de la loi relative à la protection des personnes qui se prêtent à des
recherches biomédicales (1988) et des lois de bioéthique (1994 et 2004),
qui devraient être révisées en 2009.
Jean-Yves Nau
estime que "ces publications ont largement marqué une époque
caractérisée par de profonds bouleversements dans la relation entre les
médecins et leurs patients, par la judiciarisation croissante de la
pratique médicale ou encore par l'inscription dans la loi de droits
pouvant être revendiqués par les malades". A tel point que, "de
l'avis général", "l'actuel CCNE constitue un modèle pour une
institution équivalente qui pourrait demain œuvrer à l'échelon
international".
Pourtant,
l'Elysée a récemment déclaré que le CCNE avait "perdu en notoriété et
en visibilité par rapport à d'autres instances", exprimant par là sa
volonté de réformer l'institution (cf.
Synthèse de presse du 30/01/08). Alain Grimfeld, fraîchement nommé à
la présidence du CCNE, veut rassurer ceux qui craignent une mainmise de
l'Elysée sur ce comité : "il ne s'agit bien évidemment pas d'être
soumis à l'Elysée. Ceci n'aurait aucun sens. Et si une restructuration
doit être entreprise, elle ne pourra l'être qu'avec l'aval du Parlement".
"On reproche au CCNE de ne pas être assez constructif, de ne pas être
assez dans le siècle. L'Elysée souhaite aussi que, à l'avenir, chaque
fois qu'une loi sera élaborée, un volet éthique correspondant soit
abordé. Nous allons analyser entre nous, calmement, ces questions, pour
pouvoir faire des propositions de réforme qui s'inscriront dans le cadre
de la révision de la loi de bioéthique en 2009. Nous ne sacrifierons pas
l'éthique à des considérations politiques", poursuit-il.