Responsable
de la Commission bioéthique du diocèse de Fréjus-Toulon, Pierre-Olivier
Arduin se penche sur la question des mères porteuses, alors que le
groupe de travail du Sénat devrait se prononcer en faveur d'une
autorisation de cette pratique (cf.
Synthèse de presse du 19/05/08). "Que recouvre ce nouveau
brouillage de la procréation ?", s'interroge-t-il.
Deux cas de figures sont possibles
: soit la mère porteuse loue son utérus afin que l'embryon issu des
gamètes des parents biologiques et conçu par fécondation in vitro
soit implanté ; soit elle est inséminée de façon artificielle par les
spermatozoïdes du père en fournissant un de ses ovocytes (ici, la mère
porteuse est donc à la fois mère gestatrice et mère génétique). Quel que
soit le cas, "la mère d'intention ne deviendra la mère légale
qu'après une procédure d'abandon de l'enfant à la naissance".
Un tel procédé ne risque-t-il pas
de causer des dégâts psychologiques chez l'enfant ? Non, répondent ceux
qui n'y voient que "l'équivalent d'une adoption". Pourtant, les
parents adoptants "se situent dans une perspective d'accueil d'un
orphelin déjà là" alors que, avec la pratique des mères porteuses,
on fait "naître en toute connaissance de cause un orphelin de la mère
qui l'a porté".
"Ce modèle, outre qu'il
détruit irrémédiablement la réalité objective de la maternité, heurte de
plein fouet le principe intangible d'indisponibilité du corps humain",
poursuit Pierre-Olivier Arduin. En mettant à disposition ses fonctions
reproductrices, la mère porteuse introduit "une confusion entre
procréation, reproduction et simple production d'une marchandise,
l'enfant, au moyen d'un instrument de travail, son utérus". Et ce,
moyennant rémunération. Comment ne pas s'élever contre "la
chosification de l'être humain" que porte au pinacle la pratique des
mères porteuses ? "L'acte de renoncer à un enfant et de le céder
contre rétribution le fait basculer dans le monde des choses,
appropriables et disponibles, à l'inverse de la personne, radicalement
indisponible." Et puis, comment ne pas imaginer que se posera un
jour le problème de la "qualité" du produit négocié ?
Pour Pierre-Olivier Arduin,
"investir une femme du simple rôle d'incubateur confirme le régime qui
gouverne la bioéthique contemporaine" : "l'enfant, à l'état
embryonnaire ou fœtal, y est appréhendé dans un rapport de fabrication
où seuls comptent la matière première (les gamètes), l'ingénierie
procréative et le tout-puissant projet parental". Et, à la veille de
la révision de la loi de bioéthique et alors que le président de la
République veut inscrire, dans le Préambule de la Constitution, des "principes
nouveaux" afin de "répondre aux défis de la bioéthique"
(cf.
Synthèse de presse du 09/01/08), la possible légalisation des mères
porteuses "requiert un sursaut de conscience de la part de tout ce
que la France compte encore d'autorités morales".