Alors
que l'Agence de la biomédecine lance cette semaine une campagne
d'informations sur le don d'ovocytes, afin d'en pallier la "pénurie",
La Croix se demande s'il faut encourager cette pratique (cf.
Synthèse de presse du 19/05/08).
"Jusqu'où
faut-il aller pour pallier la stérilité ?", s'interroge Dominique
Quinio, face à certaines revendications pour obtenir un assouplissement
de la loi actuelle. Mais, au-delà, cette question du don d'ovocytes
soulève celle plus générale de l'aide à la procréation. "Doit-on
entendre favorablement toutes les demandes, notamment quand elles ne
sont pas liées à des problèmes médicaux et qu'elles nécessitent de faire
appel à des tierces personnes ? (...) Faut-il que la médecine "compense"
par des prouesses technologiques l'évolution biologique naturelle ? Dans
une course en avant qui pourrait être sans fin."
L'Agence de la
biomédecine déplore une "pénurie généralisée" qui ne permet pas de
satisfaire toutes les demandes. En 2005, 168 femmes auraient donné leurs
ovocytes, permettant à 320 couples de tenter une fécondation in vitro
et donnant naissance à 100 enfants (le taux de succès est estimé entre
35 et 40%). Mais, toujours selon l'Agence de la biomédecine, il aurait
fallu 700 donneuses pour répondre à la demande de plus de 1 200 couples.
Ce "manque" de donneuses s'explique notamment par le fait qu'il s'agit
d'un acte lourd, médicalement et psychologiquement, et par l'encadrement
légal posé par la loi de bioéthique de 2004.
Selon la loi de
2004, le don d'ovocytes est volontaire, gratuit et anonyme et doit être
réalisé dans des centres publics autorisés. Par ailleurs, la donneuse
doit déjà être mère et le couple receveur doit être en âge de procréer,
marié ou en mesure de prouver une vie commune d'au moins deux ans et
souffrir d'insuffisances ovariennes ou de pathologies génétiques qui
pourraient être transmises à l'enfant.
Quelques voix
s'élèvent pour tenter d'obtenir un assouplissement de ce cadre légal.
Elles demandent notamment d'augmenter la limite d'âge des donneuses (ce
qui n'aurait pas beaucoup de sens dans la mesure où, après 35 ans
environ, plus la donneuse est âgée, plus le taux de succès baisse),
d'abroger l'obligation faite aux donneuses d'être déjà mères (comme en
Espagne par exemple), de lever l'anonymat ou encore de rémunérer cette
pratique aujourd'hui uniquement défrayée.
A propos de la
rémunération, pour Stéphane Viville (CHU de Strasbourg), ce don doit
être "un geste altruiste, loin de toute logique commerciale",
afin de ne pas provoquer de dérives mercantiles. Quant à l'anonymat - si
certains sont favorables à l'accès aux origines ou tout au moins de
laisser aux parents le choix entre don croisé et anonyme et don direct
où donneuse et receveuse se connaissent - d'autres craignent que sa
levée n'enclenche une baisse des dons et ne remette en cause la
philosophie actuelle dans laquelle "le repère biologique est
relativisé", la filiation s'appuyant "sur une histoire humaine,
construite autour du désir d'enfant et d'une transmission au quotidien
plutôt que sur le lien génétique".
L'Agence de la
biomédecine veut donc, par sa nouvelle campagne, à la fois encourager
les dons mais aussi "éviter que le cadre légal choisi par la France
ne vole en éclats". "La pression est forte, car le désir de
transmettre la vie est si puissant qu'il conduit à toutes les
transgressions. L'enjeu, c'est de répondre aux demandes, car autrement,
on crée une inégalité entre les couples qui auront l'argent pour se
rendre à l'étranger et les autres. Mais d'y répondre en respectant
certaines valeurs", explique Jean-Marie Kunstmann, responsable du
Centre d'étude et de conservation des œufs et du sperme humain (Cecos)...