Le
quotidien La Croix revient sur la question des mères porteuses,
sujet sur lequel le Sénat, l'Académie nationale de médecine et le Comité
consultatif national d'éthique (CCNE) doivent remettre prochainement
leurs conclusions.
Michèle André,
sénatrice socialiste qui préside au Sénat un groupe de travail sur cette
question, a accordé une interview à La Croix. Elle précise que
"le groupe s'oriente vers l'idée qu'il faut légiférer pour autoriser les
mères porteuses et encadrer cette pratique". Ce point de vue n'est
pas unanime mais majoritaire au sein du groupe.
Elle précise
que contrairement à ce qui se passe en Grande-Bretagne, le groupe "préfère
que l'enfant soit issu des gamètes des parents intentionnels". En
Angleterre, les parents qui font appel à une mère porteuse financent les
frais inhérents à la grossesse soit environ 12 500€. Michèle André
explique qu'elle est favorable à cette mesure sur le principe mais que
la somme devrait être beaucoup moins élevée en France, le système de
santé assurant une bonne prise en charge.
Le groupe de
travail doit encore élaborer les conditions dans lesquelles une femme
pourra devenir mère porteuse et préciser les indications médicales
ouvrant droit à la gestation pour autrui. "Elle ne devra pas être
possible pour des raisons de confort ou dans le cas où un couple, même
pour de bonnes raisons, aurait laissé passer l'âge de procréer",
souligne-t-elle.
Interrogés sur
les risques d'une "parenté fragmentée" et sur les liens qui
unissent un enfant à sa mère pendant la grossesse, elle affirme que
"c'est l'éducation, la transmission et l'amour donné au quotidien qui
font la force du lien entre l'enfant et la mère".
Elle ne nie pas
qu'il risque d'y avoir des cas où les mères porteuses souhaitent
finalement garder leur enfant, mais pour elle, cela "restera
l'exception". "Or, si l'on raisonne à partir d'exceptions, on ne
fait jamais rien", conclut-elle.
De son côté,
Marie-Odile Rethoré, membre de l'Académie nationale de médecine et
directrice médicale de l'Institut Jérôme Lejeune redoute les
conséquences de la gestation pour autrui (GPA) : "la relation entre
l'enfant et ses parents se construit au cours de la grossesse, qui est
un moment essentiel pour l'équilibre du bébé [...] Lorsqu'un
enfant vient au monde, il est déjà vieux de neuf mois !"
Sur la question
d'une "parenté fragmentée", la juriste Hélène Gaumont-Prat avait
rappelé en novembre dernier qu'une telle mesure lui paraissait affolante
puisque "cinq personnes pourraient avoir contribué à la naissance".
Elle soulignait aussi les risques "d'une exploitation matérielle
et psychologique" de la mère porteuse. Enfin, la philosophe Sylviane
Agacinski rejette "absolument l'instrumentalisation de la femme"
[...], "l'enfant acquérant ipso facto un statut de
marchandise".