Responsable
de la Commission bioéthique du diocèse de Fréjus-Toulon, Pierre-Olivier
Arduin revient sur un « détail » de la loi Leonetti - le statut
de l’alimentation artificielle - et le déséquilibre qu’il a introduit
dans la législation française.
Il rappelle en premier lieu les
principes généraux et « judicieux » de la loi relative à la fin
de vie. Premièrement, elle n’ouvre aucun droit à la mort médicalement
provoquée en réaffirmant l’interdit fondateur du meurtre. Deuxièmement,
elle proscrit toute obstination déraisonnable c’est-à-dire tout
acharnement thérapeutique. Certains ont parlé, à tort, d’un droit au
laisser mourir comme un premier pas en faveur d’une dépénalisation
exceptionnelle de l’euthanasie. Il est parfaitement licite de ne pas
débuter ou de suspendre un traitement « disproportionné » puisque
l’intention est alors de renoncer à l’acharnement thérapeutique,
contraire au bien du malade, et non de le tuer.
Néanmoins, une modification
introduite par la loi Leonetti est « regrettable ». Il s’agit de
celle qui accorde au patient, en fin de vie ou non, le droit de refuser
« tout traitement », le texte incluant dans cette disposition
l’arrêt de l’alimentation artificielle.
C’est bien cette question qui est
au cœur de l’ « affaire Pierra ». Affaire qui éclata peu après la
promulgation de la loi Leonetti. Alors en état végétatif persistant
(après une tentative de suicide), Hervé Pierra s’est vu retirer sa sonde
gastrique, sur demande répétée de ses parents, membres de
l’« Association pour le droit de mourir dans la dignité » (ADMD) et de
l’association de Marie Humbert « Faut qu’on s’active ».
L’équipe médicale refuse d’abord,
à plusieurs reprises, rappelant que « l’alimentation assistée relève
d’un soin de confort et non d’un traitement » et que « la
débrancher équivaudrait à une euthanasie ». Finalement c’est le Dr
Régis Aubry, président du Comité national du développement des soins
palliatifs qui, émettant un avis favorable à la demande des parents,
permettra qu’on débranche Hervé. Il mettra six jours pour mourir de
faim.
« On crie alors au
scandale de la mort sale que permet la loi Leonetti », se souvient
Pierre-Olivier Arduin. Pourtant, le ressort intime de ce drame ne
réside-t-il pas dans le texte de loi lui-même qui classe l’alimentation
artificielle parmi les traitements, ce qui est contestée par de nombreux
bioéthiciens ? En effet, « l’alimentation assistée ne cherche pas
tant à contrecarrer une pathologie organique touchant cette fonction
qu’à pallier un problème simplement mécanique en répondant à un besoin
de base de l’organisme ». En aucun cas, on ne peut parler
d’obstination déraisonnable ou de traitement disproportionné puisque
justement l’alimentation médicale peut être poursuivie longtemps, sans
effet secondaire majeur et avec une grande efficacité pour soutenir la
vie du patient, ce qui est exactement la définition d’un soin
proportionné.
L’auteur rappelle enfin que « la
question brûlante du retrait de l’alimentation médicale est depuis
longtemps une ressource stratégique pour aboutir à une dépénalisation de
l’euthanasie ». Ainsi, dès septembre 1984, l’australienne Helga Kube,
au cours de la Ve Conférence mondiale des associations pour le droit de
mourir dans la dignité, dévoile publiquement le plan de bataille pour
obtenir la légalisation de l’euthanasie : « Si nous pouvons obtenir
des gens qu’ils acceptent le retrait de tout traitement et soin,
spécialement l’arrêt de toute nutrition, ils verront quel chemin
douloureux c’est de mourir et accepteront alors, pour le bien du malade,
l’injection létale »…
La stratégie des militants
pro-euthanasie vise donc à dénoncer l’ambiguïté de l’actuelle loi,
plaidant pour « le choix mortel de l’euthanasie légale sensée y
remédier ». « Le législateur se retrouve donc pris au piège
d’approximations qui font le jeu de ses adversaires », conclut
Pierre-Olivier Arduin.
Le journal La Croix publie
le témoigne d'une famille bouleversée par l'accompagnement en soins
palliatifs. La famille Coutant rend un vibrant hommage à toute l'équipe
mobile de soins palliatifs qui a su entourer leur mère et grand-mère,
avec beaucoup d'amour et de délicatesse et l'aider à partir. Elle
souligne également le soutien essentiel de l'équipe auprès des familles.
Dans le cadre de la mission
Leonetti, l'Association pour le droit de mourir dans la dignité (ADMD) a
demandé à être entendue.