Le
pédopsychiatre François Ansermet accorde un entretien à Libération
à propos des procréations médicalement assistées (PMA). Les PMA "donnent
accès à de nouvelles images du début de la vie", nous livrant une
représentation de la procréation et pourtant, paradoxalement, "le
fait de le montrer rend l'instant de la procréation encore plus
inexplicable et insaisissable subjectivement". Les images du début
de la vie fournies par les PMA font rejaillir de nombreuses questions
sur l'origine de la vie, la filiation, la transmission... Bien qu'elles
nous montrent un peu de ce qu'elles représentent, elles résistent à
percer le mystère de la procréation sur lequel même le biologiste bute.
Face à ce
mystère, il évoque la "terreur sacrée" à laquelle se trouvent
confrontés les biologistes qui sont souvent "pris de vertige". "Au
bout de la maîtrise de la fécondation et de l'émergence in vitro
de la vie, il y a, pour eux aussi, quelque chose qui échappe." "Les
PMA impliquent une série de vertiges pour ceux qui les pratiquent comme
pour ceux qui s'y soumettent", d'où le recours fréquent à la
psychanalyse.
Il estime par
ailleurs que les PMA "nous satisfont car elles correspondent à l'idée
qu'il n'y a pas de lien entre sexualité et procréation". D'après
lui, nous imaginons tous être issus d'un autre moyen que la sexualité de
la même manière que, lorsque nous étions enfants, nous "dénions" la
sexualité de nos parents. Mais il ajoute que, paradoxalement, les PMA
montrent la sexualité dans la procréation par le fait même de la
contourner.
François
Ansermet évoque le fait que les PMA instaurent un doute, surtout sur la
paternité, de par la place, importante, accordée aux tiers dans la
procréation. "Un patient avait imaginé tout un scénario autour de la
laborantine. Selon ce père, cette femme avait un rendez-vous amoureux,
une Peugeot décapotable, des ongles peints, des bracelets au bras...
tous les artifices de la féminité. Il l'imagine manipulant les
spermatozoïdes, tout en pensant à autre chose, à son rendez-vous galant.
Pourtant, c'est bien elle qui va choisir le spermatozoïde. Elle aurait
pu en choisir un autre. Le doute sur la paternité se déplace sur le
choix du spermatozoïde", explique-t-il. Un autre exemple de cette
place du tiers est le nombre de couples qui donnent à leur enfant le
prénom de leur gynécologue.
Enfin, pour lui
être un père, une mère ou un enfant "sont des inventions, des
fabrications, des bricolages que chacun tente de mettre en place pour
traiter l'impensable de l'origine et de la complexité du rapport entre
les sexes et les générations".