Docteur
en philosophie et chercheur associé au CNRS-EHESS, Danielle Moyse publie
dans La Croix une tribune sur la dépénalisation de l'euthanasie.
Trois ans après l'adoption de la loi Leonetti sur la fin de vie et alors
même que cette loi est méconnue et mal appliquée et après la campagne
médiatique orchestrée à partir du cas de Chantal Sébire, l'affirmation
du "droit de mourir" refait son apparition sur le devant de la scène.
Trois ans seulement après qu'il
ait été entériné que "les actes médicaux ne doivent pas être
poursuivis par une obstination déraisonnable" (art.1) ainsi que la
possibilité de recourir à des traitements qui "peuvent avoir pour
effet secondaire d'abréger la vie" (art.2), certains tentent de
faire reconnaître "un devoir, social et médical, de donner la mort à
ceux qui le demandent quand la dégradation de leur santé leur est
devenue insupportable". Pourtant, d'après Danielle Moyse, les deux
articles cités ci-dessus instaurent déjà un "droit de mourir", "si
l'on entend par là le droit de ne pas être maintenu en vie de force,
quand la médecine ne peut plus rien".
Mais, "malheureusement, cette
loi a l'inconvénient majeur d'être inaudible si l'on ne tente pas de
s'extraire de l'"actualité", non seulement faite des opinions
ambiantes, mais de la lame de fond qui, en l'occurrence les rend
possibles et par laquelle l'homme a progressivement rejeté l'idée que sa
mort ne lui appartient pas davantage que l'origine de sa vie". Dans
ce contexte, "le "droit de" ne peut plus être seulement
entendu comme celui "de ne pas être empêché de mourir", mais
comme la revendication du droit de se tuer, éventuellement d'être tué
par un tiers". Et, si nous disposons pleinement de notre mort, elle
n'est plus simplement un "droit" mais aussi un "dû".
"Or, le basculement du
droit au dû en ce qui concerne la mort consacrerait-il l'ultime liberté
de "choisir l'heure" de sa propre fin ou simplement une victoire
si puissante du nihilisme que nous serions collectivement emportés par
le désir de mort, si contagieux, qui peut envahir chacun de nous quand
sa santé est altérée ?", s'interroge l'auteur. Comment expliquer, "sinon
par une irrésistible fascination pour la mort", le fossé existant
entre la médiatisation à outrance de quelques demandes d'euthanasie et
la non médiatisation du combat d'hommes et de femmes handicapées qui
demandent des moyens nécessaires à une vie décente. Au moment où les
médias faisaient largement écho à la situation de Chantal Sébire, 30 000
personnes handicapées revendiquaient une revalorisation de leurs
aides...
"Sommes-nous devenus
sourds à l'appel à la vie des personnes qui souffrent et seul leur appel
à la mort est-il recevable ?" Comment donc s'étonner que
l'acquittement de Madame Debaine, jugée pour avoir tué sa fille
handicapée (cf.
Synthèse de presse du 10/04/08), ait été salué par des
applaudissements ? "Conjuguée aux événements qui viennent d'être
décrits, une telle approbation ne révèle-t-elle pas une sourde hostilité
aux personnes malades ou handicapées ?"
"Une chose serait en
effet de prendre acte des difficultés qui peuvent conduire une mère à un
acte désespéré et d'en conclure à l'urgente nécessité d'un devoir de
solidarité à même de le prévenir, une autre de doubler l'absolution
juridique d'un meurtre par un enthousiasme susceptible d'encourager tout
passage à l'acte de même nature..."