Alors
que la mission d'évaluation de la loi sur la fin de vie poursuit son
travail, La Croix revient sur l'article de la loi Leonetti
autorisant l'arrêt de tous les traitements, incluant l'hydratation et
l'alimentation artificielles, "lorsqu'ils apparaissent inutiles,
disproportionnés ou n'ayant d'autre effet que le seul maintien
artificiel de la vie". Mais, très peu de familles en font la
demande.
"Jusqu'ici,
aucune famille ne m'a jamais demandé d'arrêter l'hydratation ou
l'alimentation artificielle d'un patient", témoigne le docteur
François Tasseau. Même son de cloche du côté de Noèle Boisguérin,
présidente de l'association de familles de traumatisés crâniens ou de
Zouhir Mahfoud, neurologue au Centre hospitalier intercommunal des
Portes de l'Oise à Beaumont (Val d'Oise), pour qui les proches "sont
dans une logique de vie". Pour Anne Robin, psychologue à
Villeneuve-la-Garenne, lorsque "des familles s'effondrent en disant :
"Ce n'est plus possible, il faut que ça s'arrête"", c'est "une
décharge émotionnelle qui ne dure pas". "Ici, elle ne s'est
jamais traduite par une demande directe d'euthanasie",
ajoute-t-elle.
Médecin à
l'hôpital nord de Villeneuve-la-Garenne (Hauts-de-Seine), le docteur
Catherine Kiefer dénonce le fait que cette disposition puisse aussi
s'appliquer à des patients qui ne sont pas en fin de vie. "En dehors
des complications, ces patients peuvent vivre plusieurs années. Retirer
la sonde alimentaire, c'est de l'euthanasie déguisée",
explique-t-elle. Et puis, il y a les cas exceptionnels qui, bien
qu'exceptionnels doivent être pris en compte.
"En
pratique, le seule moment où les praticiens se posent la question de
recourir à la loi Leonetti est lorsque survient une complication",
explique le quotidien. Mais, comment définir l'obstination
déraisonnable, les soins disproportionnés ? Catherine Kiefer et Zouhir
Mahfoud souhaitent ainsi disposer de "recommandations éthiques"
plutôt que d'une nouvelle loi.