La
mission d'évaluation de la loi dite Leonetti sur la fin de vie poursuit
ses auditions. Mercredi 31 avril, à l'Assemblée nationale, c'était au
tour du professeur Alain Grimfeld, nouveau président du Comité
consultatif national d'éthique (CCNE) et de Régis Aubry, président du
Comité national de suivi du développement des soins palliatifs et de
l'accompagnement, d'être entendus. Chacun a fait part de ses réticences
à une légalisation de l'euthanasie, y compris sous la forme d'une
"exception d'euthanasie".
Alain Grimfeld s’est ainsi
fermement prononcé contre une révision de la loi en vigueur, car "prendre
une décision a priori d'euthanasie, (...) ne serait pas
simplement une erreur mais une faute, car les progrès médicaux évoluent
si vite que l'on ne sait jamais ce qui peut survenir demain".
D'après lui, "plus qu’une refonte de la loi de 2005 sur la fin de
vie, il faudrait une remise en œuvre in extenso de celle-ci".
"Il serait tout à fait déraisonnable, alors que cette loi est bonne,
de la réviser, alors qu’elle n’est pas complètement mise en application",
a-t-il répété.
Régis Aubry a lui rappelé que "95%
des demandes d'euthanasie disparaissent avec les soins palliatifs".
Opposé à une "exception d'euthanasie", notamment à cause des dérives qui
pourraient en découler, il se dit néanmoins prêt à assumer une sorte de
"transgression" qui serait "l'aboutissement d'une démarche"
et ce sans que cela fasse l'objet d'une loi.
Psychologue, Marie-Frédérique
Bacqué, elle aussi auditionnée, a souligné le fait que "le temps de
l'agonie est devenu quelque chose d'insupportable dans notre société".
"Il faut se préoccuper du mourant, mais aussi des survivants. La mort
donnée est une mort violente pour les proches. Non pas sur le moment,
mais après : il faut vivre avec", a-t-elle ajouté. Régis Aubry a lui
aussi insisté sur la violence de l'injection létale qui provoque "une
crispation généralisée du corps" et qui peut faire naître de grandes
souffrances chez les proches "avec à la clé le risque de la
culpabilité et du deuil pathologique".
Par ailleurs, dans le cadre de
l'affaire Sébire , le procureur de Dijon, Jean-Pierre Alacchi, devrait,
la semaine prochaine, ouvrir une information judiciaire pour
"provocation au suicide". Rappelons que Chantal Sébire, âgée de 52 ans,
avait été retrouvée morte à son domicile le 19 mars dernier. Sa mort
avait été provoquée par absorption d'un barbiturique, utilisé à une dose
mortelle. Atteinte d'une tumeur incurable, elle avait demandé à la
justice, le 12 mars, la possibilité de "bénéficier d’un suicide
médicalement assisté". Sa demande a été refusée par le tribunal de
grande instance de Dijon le 17 mars. Ajoutons qu'elle avait refusé de
prendre les traitements contre la douleur qui lui avaient été proposés.
L'enquête n'a pas déterminé qui
avait fourni à Chantal Sébire les doses de pentobarbitural qui ont
provoqué son décès. Une précision tout de même : ses enfants et son
frère étaient opposés à son suicide. Aujourd'hui, seule l'Association
pour le droit de mourir dans la dignité (ADMD) "est opposée à la
poursuite de l'enquête".