En
France, une femme sur deux a avorté et, selon un sondage BVA, 86%
d'entre elles estiment que l'avortement "laisse des traces
psychologiques". L'hebdomadaire Famille Chrétienne
consacre son dossier à cette souffrance post-avortement. Longtemps
tue et ce notamment par le discours officiel, cette souffrance a
fait récemment l'objet de plusieurs livres. De plus en plus de
personnes - soignants, psychologues, femmes - tentent de "lever
le voile sur ce drame intime couvert par une implacable loi du
silence".
Selon
l'hebdomadaire, le déni de cette souffrance s'explique entre autres
par le statut ambigu que confère notre société à l'embryon et au
fœtus. D'un côté, les progrès de l'échographie nous le font voir
comme une personne et de l'autre, il est considéré comme un "déchet
opératoire". Les femmes ne sont donc pas préparées aux
conséquences qu'un avortement peut avoir sur elles. "Pour tout
médicament, on donne la liste des effets secondaires. Pas pour cela",
relève Guillemette Porta, membre de l'association Agapa qui
accompagne notamment les personnes qui ont avorté.
Et, "puisque
la société refuse d'entendre [la souffrance], l'entourage de
la femme adopte la même attitude". Et ce, d'autant que les
femmes "ne se reconnaissent pas le droit à la souffrance parce
qu'elles ont elles-mêmes décidé leur IVG". Or, d'après le
psychiatre Stéphane Clerget, auteur de "Quel âge aurait-il
aujourd'hui ?" (Ed. Fayard), "nier ces douleurs morales
empêche de soulager les femmes qui en souffrent".
C'est ainsi
pour ne plus taire sa souffrance que l'actrice Macha Méril, devenue
stérile à la suite d'un avortement, a publié son livre "Un jour
je suis morte". "Cet événement, je l'ai minimisé, comme si ce
n'était qu'une verrue ou un amas de cellules. On m'affirmait que ce
n'était rien, que toutes les femmes l'avaient vécu au moins une fois
ans leur vie. Si j'avais su !", écrit-elle. "N'écoutez pas
mes sirènes d'un féminisme qui a troublé les esprits de plusieurs
générations. Il n'y a pas de plus belle féminité que la maternité.
C'est un luxe si j'en juge par ma peine, par la tristesse immense
qui s'abat sur les femmes qui ne peuvent pas avoir d'enfant."
Psychothérapeute
et auteur de l'"IVG à cœur ouverts" (Ed. Quitenssence),
Georges Romey insiste sur cette souffrance qu'il appelle "la plus
intime des blessures" parce qu'elle "n'est avouable ni aux
autres ni à soi-même". Il ajoute que, outre la mère, les autres
membres de la famille ne peuvent pas ne pas être touchés par un
avortement.
Rappelons
qu'en France, on compte plus de 200 000 avortements par an ; 10 000
sont pratiqués par des jeunes filles de 15 à 17 ans. Aujourd'hui,
trois adolescentes enceintes sur cinq avortent. Proposée en cas de
malformation grave décelée ou supposée, une interruption médicale de
grossesse (IMG) est acceptée dans 95% des cas ; on en recense 6 000
par an en France. En 2005, 44% des avortements ont eu lieu par RU
486, contre 38% en 2003. Enfin, selon une étude finlandaise, 34,7%
des suicides chez les femmes ayant avorté, seraient associés à
l'avortement.