Un
groupe de travail du Sénat a proposé hier d'autoriser "sous des
conditions strictes" la gestation pour autrui (GPA). "Ce rapport
est juste une contribution au débat. On ne peut pas dire qu'il reflète
aujourd'hui la position du Sénat", a expliqué, lors de la
présentation du rapport, Nicolas About, président de la commission des
affaires sociales.
Le rapport
estime que "la maternité pour autrui ne peut être légalisée qu'en
tant qu'instrument au service de la lutte contre l'infertilité, au même
titre que les autres techniques d'assistance médicale à la procréation,
auxquelles l'adoption ne constitue pas une véritable alternative".
Plusieurs
conditions ont été édictées. Les parents intentionnels devront former un
couple stable, en âge de procréer. La GPA ne sera ouverte qu'aux couples
hétérosexuels, mariés ou en mesure de justifier d'une vie commune d'au
moins deux ans et vivant en France. Au moins un des deux membres du
couple devra être le parent génétique de l'enfant. Quant à la mère
porteuse, elle devra déjà avoir eu un enfant et être domiciliée en
France. Elle ne pourra pas être la mère génétique de l'enfant et ne
pourra pas mener plus de deux grossesses pour le compte d'autrui. Une
mère ne pourra pas porter l'enfant de sa fille mais le groupe ne
s'oppose pas à une maternité pour autrui entre deux sœurs.
La procédure
sera placée sous l'encadrement de l'Agence de la biomédecine. Un
agrément sera délivré aux couples demandeurs et aux gestatrices, après
l'examen de leur santé physique et psychique.
Le couple
demandeur aura l'interdiction de rémunérer la gestatrice mais pourra lui
verser "un dédommagement raisonnable" pour les frais liés à la
grossesse non pris en charge par la Sécurité sociale.
Enfin, le
groupe de travail a réaffirmé le principe du "Mater semper certa est"
: la mère est celle qui accouche. Selon ce principe, la mère porteuse ne
pourrait pas être obligée d'abandonner son enfant après l'accouchement,
si elle souhaite le garder. Un délai de "repentir" de trois jours lui
sera accordé si elle souhaite garder le bébé.
Ce rapport des
sénateurs suscite de nombreuses réactions. Alain Claeys, député
socialiste, met en garde contre "les risques de marchandisation".
Le député UMP, Hervé Mariton s'interroge : "si l'enfant est porteur
d'un grave handicap, quels seront les droits de la mère porteuse ? et
imaginons que la santé de cette dernière soit en danger... Que faire ?
Qui décide de quoi ?". Olivier Jardé, député du Nouveau
Centre, voit lui aussi les problèmes qui découleraient d'une telle
autorisation : "les trafics d'ovules", la question de
"l'environnement du fœtus" ou encore celle de "la protection de
la mère porteuse".
Le théologien
Xavier Lacroix rappelle lui les "risques" de la gestation pour
autrui. Le premier tient à "l'instrumentalisation du corps de la
femme" ainsi qu'à "la gestation et l'accouchement", des
périodes au cours desquelles a "lieu une interaction d'une immense
finesse entre le corps de la femme et celui de l'enfant".
Dans son
éditorial, Dominique Quinio de La Croix s'interroge : "va-t-on
dissocier davantage encore les premiers temps d'une vie : la
fécondation, la grossesse, la naissance ? Aucun lien ne se crée-t-il
entre la femme et l'enfant qu'elle porte ? Si la femme "louée" s'efforce
de tenir le fœtus psychologiquement à distance, quelles en seront les
conséquences ? Que se passera-t-il si le bébé n'est pas conforme au rêve
de ses receveurs ?".
Ce rapport est
l'aboutissement d'un travail de six mois entre un groupe composé de
sénateurs de la commission des lois et un autre de la commission des
affaires sociales. Selon l'un des corapporteurs, André Milon, une
proposition de loi devrait être présentée à l'automne