Annie
Bachelot, psychosociologue à l'Inserm, a analysé les effets de la prise
en charge médicale de l'infertilité sur les couples. Elle a contribué à
une étude de l'Institut national d'études démographiques (INED)
qui vient de paraître : De la pilule au bébé-éprouvette. Choix
individuels ou stratégies médicales ? (cf.
Synthèse de presse du 24/06/08). Elle répond aux questions du
journal Le Monde.
Pour elle, la pratique de la
fécondation in vitro (FIV) n'est "absolument pas banale".
Les couples en parlent comme d'''un parcours du combattant".
"Nous sommes passés de l'ère
des pionniers à un modèle plus consumériste", analyse-t-elle.
"Dès que le diagnostic d'infertilité est posé, l'orientation vers
l'assistance médicale à la procréation (AMP) est proposée par les
médecins, sans doute afin d'amoindrir la dureté de l'annonce (...). La
décision est souvent prise très rapidement. L'infertilité est toujours
vécue comme un handicap, on en parle peu ou alors aux très proches, et
on s'engage tout de suite dans ces parcours."
"Annie Bachelot a
observé le comportement particulier des couples vis-à vis de l'équipe
médicale. Ils ont "le sentiment que leur désir d'enfant doit
s'articuler avec le désir de réussite du médecin", si bien que,
remarque-t-elle, "dans la FIV, on fait ainsi davantage un enfant à
trois qu'à deux".
Faire une FIV est un parcours
difficile : c'est "un choc quand ils découvrent qu'ils ont peu de
temps devant eux. En moyenne les couples entrent dans le processus à
34 ans. A partir de 37 ans, la fertilité baisse. C'est une contrainte en
terme d'organisation et "les traitements sont douloureux avec un
grand risque d'échec (seules 20% environ des tentatives réussissent)".
"Certains ont eu le sentiment d'une instrumentalisation de leur
corps, les femmes d'être devenues des machines à produire des ovocytes
et les hommes d'être réduits à un statut de donneurs de sperme à
répétition". Anne Bachelot constate que les couples sont nombreux à
"s'élever de plus en plus contre une médecine qu'ils qualifient de
"vétérinaire"".
Enfin Annie Bachelot note que "lorsqu'un
couple n'est pas arrivé à avoir d'enfant, la décision d'arrêter vient
principalement de l'homme (...). Cette démarche de l'homme rassure la
femme sur sa féminité quand il lui dit implicitement qu'elle peut être
femme sans être mère".