Titulaire
de la chaire Sanofi-Aventis innovation thérapeutique et vice-président
de l'association Eurocord, plateforme internationale de recherche sur
les cellules souches de sang de cordon, Grégory Katz revient dans Les
Echos sur la pénurie de sang de cordon ombilical dont souffre la
France, pourtant pionnière en la matière.
Au 16ème
rang mondial en nombre de greffons par habitant (1 pour 10 000 en 2008),
la France doit, chaque année, importer des greffons pour répondre à ses
besoins : en 2007, 64% des greffons ont été importés ce qui représente
une dépense de 3,7 millions d'euros pour l'assurance-maladie. Seul pays
de l'OCDE à ne pas autoriser les banques privées sur son territoire, la
France favorise ainsi "l'exode des bio-ressources" : plutôt que
de voir incinérer le sang de cordon de leur enfant (considérées comme
des déchets opératoires, les unités de sang placentaire sont quasiment
tous systématiquement incinérés), certains parents choisissent de
l'expatrier pour le stocker dans des pays voisins. "Le taux de
natalité français étant le plus élevé d'Europe (816 000 naissances en
2007) et le taux de stockage de greffon étant un des plus faibles
(environ 800 unités par an), la France est l'un des plus grands
incinérateurs de sang de cordon parmi les pays de l'OCDE", note
l'auteur.
Pour tenter de
rattraper le retard que la France accuse dans ce domaine, l'Agence de la
biomédecine a récemment lancé un appel d'offres pour financer, à hauteur
de 900 K€, l'ouverture de nouvelles
banques de sang de cordon ; la banque de l'Assistance publique-Hôpitaux
de Paris (AP-HP) a été réouverte à la fin de l'année 2007 après avoir
été fermée en 2002 par manque de financement. L'objectif est de stocker
10 000 greffons supplémentaires soit d'atteindre le taux de 1,6 greffon
pour 10 000 habitants. En Espagne, l'objectif est d'atteindre, d'ici à
2015, le taux de 12 greffons pour 10 000 habitants... Pour Grégory Katz,
"pour rattraper le retard français, les efforts publics devraient
s'intéresser en priorité au prélèvement des greffons dans les maternités"
et donc "structurer un réseau de maternités d'envergure nationale"
(aujourd'hui six maternités sur tout le territoire diffusent une
information détaillée sur le sujet), "former le personnel médical"
et "informer le public".
Depuis la 1ère
greffe mondiale de sang de cordon réalisée en avril 1971, près de 10 000
patients à travers le monde ont bénéficié de ce type de greffe. Le sang
de cordon est d'ores et déjà utilisé dans près de 85 indications
thérapeutiques (cancers du sang, thalassémies, drépanocytoses, maladies
auto-immunes et maladies rares) et la liste de ses applications "pourraient
à l'avenir porter sur les maladies cardio-vasculaires, les maladies
neuro-dégénératives, l'ostéoporose, de nombreux cancers, des myopathies,
des hépatites ou le diabète".
Dans un
contexte où l'intérêt thérapeutique du sang de cordon ne semble pas être
reconnu et où rien n'est fait pour qu'il puisse bénéficier aux patients,
certains juristes s'accordent à dire que des familles ou des
associations de patients pourraient se retourner contre les hôpitaux "pour
perte de chance". "Il est indispensable que la puissance publique
réagisse. (...) Ce rebond est aujourd'hui indispensable pour
prévenir l'exode des bio-ressources, enrayer l'importation des greffons,
et préserver un système d'égal accès aux soins fondé sur la solidarité",
conclut l'auteur.