Dans
le cadre de la prochaine révision des lois de bioéthique de 2004, les
députés Alain Claeys et Jean-Sébastien Vialatte organisaient, mardi 10
juin dernier, à l'Assemblée nationale, une audition publique sur les
enjeux et les défis éthiques de l'assistance médicale à la procréation
(AMP).
Invités comme
"grands témoins", Henri Atlan - professeur à l'Ecole des hautes études
en sciences sociales - et Axel Kahn - président de l'université Paris V
- Descartes, membre de l'Académie des sciences et du Conseil
scientifique de l'Office parlementaire d'évaluation des choix
scientifiques et technologiques (OPECST) - ont introduit les débats.
Henri Atlan a notamment plaidé pour une définition "évolutive" de
l'embryon et non "essentialiste", comme c'est le cas en Grande-Bretagne
avec la notion de pré-embryon.
François Thépot
- adjoint au directeur médical et scientifique de l'Agence de la
biomédecine -, Pierre Jouannet - vice-président du Comité médical et
scientifique de l'Agence de la biomédecine, médecin à l'hôpital Cochin -
et Frédérique Dreyfuss-Netter - professeur de droit à l'université Paris
V - Descartes et membre du Comité consultatif national d'éthique (CCNE)
- ont dressé un bilan "peu satisfaisant" des accès à l'AMP. Ils
souhaitent donc notamment améliorer les taux de succès des AMP en
mettant l'accent sur la sélection des gamètes et la sélection des
embryons susceptibles de donner naissance à des enfants en bonne santé
et réduire les contraintes et les risques inhérents aux techniques
d'AMP.
Pierre Jouannet a notamment introduit le concept "d'embryon top",
regrettant que la recherche sur l'embryon ne dispose d'aucun crédit en
France car elle permettrait de comprendre pourquoi certaines AMP
échouent...
Frédérique Dreyfuss-Netter a insisté sur le fait que l'éclatement du
modèle familial traditionnel devra être pris en compte par le
législateur au moment de la révision de la loi de 2004.
Carine Camby -
ancienne directrice de l'Agence de la biomédecine -, Hélène Gaumont-Prat
- professeur de droit à l'université Paris VIII et ancien membre du CCNE
-, Geneviève Delaisi de Parseval - psychanalyste - et Irène Théry -
sociologue, directrice d'études à l'Ecole des hautes études en sciences
sociales - ont évoqué l'accès aux origines. L'anonymat, qui est
aujourd'hui la règle en France, se trouve confronté à l'émergence de
paroles d'enfants issus d'une AMP avec tiers donneur.
Mais la levée de cet anonymat suscite de nombreuses interrogations :
quelle conséquence cela aura-t-il sur le droit de la filiation ? Sur
quels aspects faut-il lever l'anonymat ? Faut-il instaurer un système
dit du double guichet ?...
Geneviève Delaisi de Parseval a insisté sur le sentiment d'injustice que
la loi fait naître chez ces enfants issus d'une AMP avec tiers donneur.
La dernière
table ronde, composée d'Israël Nisand - gynécologue obstétricien et chef
de service des hôpitaux de Hautepierre (Strasbourg) -, Dominique Mehl -
sociologue - et Jacqueline Mandelbaum - membre du CCNE et responsable du
laboratoire de fécondation in vitro de l'hôpital Tenon - était
consacré à la gestation pour autrui (GPA). Aujourd'hui interdite en
France, les intervenants estiment que "la demande des femmes qui ont
des ovocytes mais pas d'utérus ou qui sont atteintes de pathologies
graves empêchant la grossesse, doit désormais être entendue". Et ce,
d'autant que l'interdiction française conduit certains couples à se
rendre à l'étranger. Toutefois certains ont rappelé que cette pratique
remettait en cause les principes fondateurs d'indisponibilité du corps
humain et de non marchandisation du vivant.
Ces auditions
ont prouvé une fois de plus que le législateur devra poser des "choix
de société" qui engageront son avenir et ne devra donc pas céder aux
modes, aux pressions médiatiques ni à l'émotion. Comme le soulignait en
introduction Alain Claeys, ce qui est scientifiquement possible n'est
pas forcément acceptable...