Dans
Le Figaro, Emmanuel Sapin, chef de service de chirurgie
pédiatrique et néonatale au CHU de Dijon, et Tugdual Derville, délégué
général de l'Alliance pour les droits de la vie, s'élèvent contre la
pratique des mères porteuses, "contraire à l'intérêt des enfants et à
celui des femmes qui les auront porté".
La gestation pour autrui (GPA) - ou maternité de substitution -
implique de dissocier les trois fonctions de la maternité : la génitrice
fournira ses gènes, la gestatrice portera l'enfant et l'éducatrice
l'élèvera. Ici, c'est l'apport génétique que l'on veut privilégier et
auquel on se réfère pour justifier cette pratique. Constat troublant
quand on remarque que, dans un processus de fécondation in vitro
(FIV) avec donneuse d'ovocytes, c'est justement celui-là que l'on
dévalorise en considérant l'enfantement comme "le facteur déterminant
de la maternité". La GPA, en établissant un "contrat de livraison
du nouveau-né", "ravale la grossesse au rang de simple prestation de
service sous l'autorité des titulaires du "projet parental"".
La GPA nie donc
l'importance de la vie intra-utérine, au moment même où les découvertes
scientifiques ont largement et maintes fois prouvé l'interaction entre
les fœtus et leur mère. Comment ne pas aussi souligner l'atteinte à la
dignité de la femme que provoque la GPA ? "La maternité n'a rien d'un
travail industriel ou artisanal", rappellent les auteurs.
Et puis, de
nombreuses questions restent en suspens, comme celles de la place du
couple demandeur si la vie du fœtus ou celle de la porteuse sont en jeu,
du recours possible à l'avortement, du délai de 3 jours après la
naissance laissé à la mère porteuse pour éventuellement choisir de ne
pas donner l'enfant, de la manière dont la mère porteuse fera accepter à
ses autres enfants qu'elle devra abandonner son bébé, les conséquences
que cela pourrait avoir sur ces-derniers...
Jetant un voile
sur ces questions, certains, afin de légitimer la GPA, veulent
l'assimiler à une procédure d'adoption. "Mais l'adoption est
organisée dans l'intérêt de l'enfant pour pallier un accident de vie,
alors que la gestation pour autrui impose cet accident de vie à un
enfant, objet d'un désir d'adultes." Comment ne pas s'insurger
contre cette programmation de la rupture de la relation mère-enfant
établie au cours de la grossesse ?
Alors qu'une
commission sénatoriale vient d'appeler à la légalisation des mères
porteuses - bien entendu de façon "encadrée" - les auteurs
savent, comme tout un chacun, "qu'entrouvrir la porte alimenterait
des revendications élargies". Déjà certaines personnes homosexuelles
et célibataires réclament un accès à la GPA...
"L'intérêt
des enfants devrait-il s'effacer devant la souffrance des adultes ?"