Le
Monde publie une tribune cosignée par Caroline Eliacheff,
psychanalyste, et René Frydman, gynécologue-accoucheur, à propos des
mères porteuses. La pratique des mères porteuses illustre, selon les
auteurs, la "survalorisation" ambiante de la génétique :
contrairement aux démarches d'adoption, de don de sperme, d'ovule ou
d'embryon qui valorisent la parentalité dite d'intention, "ce qui
compte, c'est l'enfant de soi, de ses gènes", quel qu'en soit le
prix.
Caroline Eliacheff et René Frydman
soulignent ensuite l'importance de la grossesse qui "n'est pas un
simple portage" tant les échanges entre la mère et l'enfant in
utero sont riches. Comment dès lors "organiser la venue au monde
d'enfants portés par une femme dont le travail psychique conscient et
inconscient consiste à pouvoir l'abandonner" et ce alors qu'elle
pourrait garder la possibilité de se rétracter après l'accouchement ?
Peut-on sciemment exposer les enfants de la mère porteuse, son couple,
son mari à cette démarche ? Que se passera-t-il en cas de fausse-couche,
de césarienne, de complications, d'enfant malade...?
Et puis, "s'adjuger douze mois
[NDLR : il est bien écrit "douze mois" dans l'article] de la vie
d'un être humain, ce n'est pas rien !", s'insurgent les auteurs. "N'est-ce
pas une forme majeure d'aliénation du corps de la femme ?",
s'interrogent-ils plus loin. Question d'autant plus grave que, d'après
eux, la principale motivation sera toujours d'ordre économique, "liée
ou non à une réparation psychique, consciente ou non, qu'il paraît
douteux d'encourager".
Enfin, pour eux, la régulation de
cette pratique - récemment proposée par le Sénat (cf.
Synthèse de presse du 26/06/08) - n'est qu'un "cache-misère".
"Les dérapages sont inscrits dans la démarche même de légaliser cette
forme de prostitution au nom de la souffrance des couples qui ne peuvent
procréer mais qui peuvent payer", alertent-ils.
Dans un communiqué à ce sujet, le
Parti communiste français dénonce lui aussi ce "droit à l'enfant à
tout prix" revendiqué par ceux notamment qui appellent de leurs vœux
la légalisation de la gestation pour autrui. Il fustige une pratique qui
"utilise le corps des femmes comme un outil de production/procréation",
nie les liens existant entre la mère et l'enfant qu'elle porte,
formalise la marchandisation des corps et foule aux pieds la dignité de
la femme et de l'enfant.
Maître de conférences à
l'université d'Evry, Aude Mirkovic, réagit à son tour dans Le Figaro
et s'interroge sur l'intérêt de l'enfant qui devra ici payer les actes
des adultes. Placé malgré lui au cœur d'un imbroglio biologique,
psychique et juridique, l'enfant devra pourtant s'en accommoder pour
trouver sa place et ses repères. Alors que l'adoption a pour but
d'offrir une famille à celui qui en est privé, la maternité pour autrui
suscite en elle-même cette situation dès lors délibérément acceptée et
savamment orchestrée. L'auteur dénonce ainsi les circonstances
objectives imposées à l'enfant pour venir au monde, sans remettre en
cause l'amour qu'il recevrait. Mais, "les meilleurs intentions ne
peuvent changer ce qui est un fait : l'enfant est [dans la pratique
des mères porteuse] l'objet d'un contrat"...
Pour Aude Mirkovic, il existe un
lien irréfutable entre la maternité pour autrui et l'argent : avant la
loi de 1994 - qui a interdit cette pratique - un marché s'était
d'ailleurs mis en place (le dédommagement y était estimé à 50 000
francs) avec ses inévitables dérives mercantiles (avec des
intermédiaires crapuleux notamment qui ne reversaient pas la totalité
des sommes perçues à la mère porteuse). Elle ajoute enfin que la
maternité pour autrui réduit irrémédiablement la femme au rôle d"'outil
de production".