Le
magazine "Pour la science" consacre un dossier au sang de cordon
ombilical. Il rappelle que la première greffe de sang de cordon a été
faite il y a près de 20 ans chez un enfant atteint d'une maladie
héréditaire rare et mortelle de la moelle osseuse, la maladie de
Fanconi.
Auparavant, les
malades étaient traités avec une greffe de moelle à partir d'un donneur,
à condition qu'il ait le même système de compatibilité tissulaire ou
système HLA (Human Leukocyte Antigen). Par ailleurs, par cette
technique, il existait un risque de rejet par le greffon.
L'idée d'utiliser le sang de
cordon à la place de la moelle osseuse est venu des travaux de l'équipe
de Hal Broxmeyer, de l'Institut Rockefeller à New York, qui cherchait
une source de cellules souches hématopoïétiques facilement stockables en
cas d'accident nucléaire. Les chercheurs ont alors découvert que le sang
de cordon ombilical contenait un très grand nombre de cellules souches
du sang. La preuve de leur efficacité a donc été faite pour traiter
l'enfant atteint de la maladie de Fanconi. Aujourd'hui, il se porte
très bien et mène une vie normale. Cette première greffe a suscité
beaucoup d'intérêts et d'interrogations sur les usages potentiels de
cette nouvelle source de cellules.
Depuis cette première, 10 000
patients ont bénéficié de ce type de greffe et plus de 250 000 unités de
sang sont aujourd'hui stockées dans le monde. Les avantages de ce type
de greffe sont nombreux notamment au niveau éthique.
L'analyse de
ces greffes montre qu'une greffe faite à partir d'un sang de cordon non HLA
identique donne des résultats aussi bons, voire meilleurs qu'une greffe
de moelle prélevée chez un adulte ayant le même système HLA. Par
ailleurs, le sang de cordon peut être considéré comme compatible avec
tous les receveurs : c'est un sang de "donneur universel". Notons
enfin que la greffe de sang de cordon ne demande que 10 millilitres de
sang alors qu'il faut 1 litre de sang issu de la moelle.
Il existe actuellement 2 types
de banques de sang de cordon : les banques allogéniques (le donneur est
différent du patient) et les banques autologues où le stockage est
réalisé pour le propre usage de l'enfant. Dans le premier, le don est
gratuit, altruiste et anonyme. Dans le second cas, il s'agit d'un usage
privé. Il est cependant possible de partager le sang de cordon entre la
banque autologue (20%) et la banque allogénique (80%).
En 1995, le réseau Netcord a
été créé entre des banques de sang de cordon. Il établit les standards,
réalise des contrôles de la qualité des prélèvements et recherche de
nouveaux donneurs. Eurocord, créé aussi à cette époque, est responsable
du volet clinique.
La France a pris du retard dans
le développement des banques de sang de cordon. 2 banques sont
implantées à Bordeaux et Besançon. Deux autres ouvriront bientôt à Paris
et à Marseille. Une trentaine de centres pratiquent les
transplantations.
Enfin, rappelons que ces
cellules souches de sang de cordon sont totipotentes et ont un potentiel
de différenciation quasi illimité. On peut donc les utiliser aussi
en médecine régénérative pour remplacer des cellules malades de
l'organisme.