Les
médias canadiens sont largement revenus sur le 20ème anniversaire de
l'arrêt Morgentaler dépénalisant l'avortement.
Dans La
Presse, Marie-Claude Lortie signe un papier titré "L'ange et la
cicatrice" dans lequel elle revient sur la décision de la Cour
suprême : "Forcer une femme, sous la menace d'une sanction
criminelle, à mener le fœtus à terme, à moins qu'elle ne remplisse
certains critères indépendants de ses propres priorités et aspirations,
est une ingérence profonde à l'égard de son corps et donc une atteinte à
la sécurité de sa personne". A l'époque, "le message était clair,
rassurant et libérateur", écrit-elle. Et puis, cette décision a
définitivement clos tout débat sur l'avortement jusqu'à devenir un sujet
tabou, "une boîte de Pandore que personne ne veut rouvrir". Mais,
c'est justement là que le bât blesse parce que, "des questions à
poser, il y en a".
Marie-Claude
Lortie suggère ainsi d'écrire une Lettre aux grands-mères des enfants
jamais nés dans laquelle, sans remettre en cause la reconnaissance
du "libre choix", on parlerait "de tristesse, de vide, de
contradictions et des cicatrices sur l'âme et de tous les déchirements
liés à la triste réalité de l'avortement, dont n'ont jamais pu nous
parler suffisamment celles qui n'avaient d'autre choix que de s'enfermer
dans un blindé idéologique pour d'abord faire la guerre et ensuite
protéger des acquis constamment menacés".
"Et
dans cette lettre on parlerait, évidemment, de la fausse idée de liberté
que l'on a associé au droit d'avorter. Oui, fausse", ajoute-t-elle.
Elle appelle enfin à un dialogue vrai sur le sujet, sans idéologie : "Lorsque
je vois les taux d'avortements désolément élevés chez les jeunes femmes
de 20 à 30 ans, je me dis qu'il est grand temps que nous, leurs grandes
sœurs et leurs mères, on arrête d'avoir peur de perdre nos droits pour
discuter sérieusement avec elles de la façon dont on en a pris la
responsabilité".
Dans Le
Devoir, Marie-Andrée Chouinard appelle elle aussi de ses vœux à
rouvrir le débat sur l'avortement. Elle dénonce le fait qu'il soit
impossible, d'un côté de militer pour une meilleure accessibilité à
l'avortement "sans irriter le camp pro-vie" et, de l'autre, de
s'interroger sur les taux d'avortement "sans provoquer l'ire des
groupes pro-choix". "On devrait pourtant manifester sans gêne une
solidarité aux luttes du passé, pouvoir s'inquiéter aussi des menaces
qui planent encore sur cette liberté octroyée aux femmes en 1988
(...), tout en revendiquant un débat sincère sur le terreau moral,
éthique et social qui soutient l'avortement."