
La
Croix consacre un dossier à la démographie et au développement.
Michel Kubler
constate que, dans certaines régions du monde et surtout en Afrique, "on
a le sentiment troublant que, plus il y a d'enfants, moins avance le
développement...". Mais, l'un est-il lié à l'autre ?,
s'interroge-t-il. "Faut-il surtout se réjouir de la belle jeunesse
que cette démographie à la hausse conserve à un continent par ailleurs
bien peu favorisé, ou se désoler d'une spirale de sous-développement
entretenue par une incapacité à maîtriser la natalité ?" L'extension
systématique des moyens de contraception serait-elle la seule solution
pour parvenir à maîtriser la natalité ? Pour Michel Kubler, ces
questions ne sauraient avoir de réponses univoques et, "au bout du
compte, c'est la notion même de développement qui pourrait se voir ainsi
revisitée". Le modèle occidental pourrait ainsi ne plus être la
référence en la matière et cette notion de développement pourrait bien
intégrer, outre les progrès dans le domaine de la santé et de
l'éducation, "la capacité des peuples à définir eux-mêmes les valeurs
servant de critères à leur croissance".
Le quotidien
cite l'exemple de l'Afrique subsaharienne où la transition démographique
tarde. Les politiques de contrôle des naissances n'ont ici pas prouvé
leur efficacité : se limitant trop souvent à la seule distribution de
contraceptifs ou à l'aide à l'avortement, elles n'ont pas pris en compte
la scolarisation et l'éducation des filles. Pourtant, l'éducation des
jeunes filles retarde souvent l'âge du mariage et donc celui de la
maternité et les aide à maîtriser leur fécondité.
Sur le terrain,
les acteurs s'attachent donc à sensibiliser les familles à ces démarches
et à ne pas en exclure les hommes. "Nous disons à nos paroissiens
qu'il ne faut pas faire des enfants uniquement parce qu'on a la
possibilité d'en faire. Avoir des enfants sans être à même de les aider
à devenir des hommes, cela n'a pas de sens. Nous essayons d'être lucides
là-dessus et cette question est abordée dans notre pastorale familiale,
notamment lors de la préparation au mariage", témoigne un prêtre
tchadien.
Il est
nécessaire aussi de tenir compte du fait, qu'en Afrique, les femmes ne
se plaignent jamais d'avoir trop d'enfants. "(...) En Afrique
l'enfant est une richesse. Si elles se plaignent, c'est de leur santé,
de la fatigue, de la douleur de l'excision qui crée un choc lors des
maternités", raconte Odile Bonte, secrétaire générale de
l'Association pour la formation en développement humain (Asfodevh). "Ici,
la femme qui a des enfants est vraiment valorisée, et leur dire qu'elles
doivent avoir moins d'enfants est ressenti comme une atteinte à la
culture et à la vie", ajoute Honoria Akogbeto, coordinatrice de la
cellule Asfodevh au Bénin.
Mais, en
Afrique, la natalité ne se cantonne pas au domaine privé : les
politiques de développement souffrent en effet d'une certaine injustice
sociale et d'un manque de partage des ressources qui, si elles étaient
mieux gérées, pourraient faire sensiblement reculer les inégalités et
améliorer le sort des femmes...
La Croix
se penche ensuite sur le cas philippin où une dizaine de femmes des
quartiers pauvres de Manille vont, soutenues par l'association Likhaan
"de défense des femmes", porter plainte devant la Cour suprême contre la
mairie de Manille qui, en 2000, a exclut la contraception artificielle
du planning familial de la ville. Pour José Atienza, ancien maire à
l'origine de cette directive, cette dernière avait pour but de
promouvoir le "planning familial naturel, non seulement comme une
méthode, mais comme un moyen d'éveil et de promotion de la culture de
vie". L'association Likhaan estime, elle, que cette interdiction est
"une forme de coercition".
Cette
initiative suit la politique nationale instiguée par Gloria Arroyo, à la
tête du pays depuis 2001. L'agence américaine pour le développement (USAID),
qui distribuait des contraceptifs gratuitement depuis 30 ans, devrait
arrêter ce programme cette année. Dans les quartiers populaires, les
membres de l'Eglise incitent les familles à accueillir le don de la vie
et enseignent aux couples "le respect du corps de chacun, pour
réussir à pratiquer l'abstinence".
Alberto
Romualdez, ministre de la Santé philippin de 1998 à 2001, pointe du
doigt une croissance démographique de près de 2% par an, qui empêcherait
le pays de se développer : "2 millions de nouveaux bébés chaque
année, c'est 2 millions de places dans les écoles et les hôpitaux à
trouver. Cette expansion va plus vite que notre économie".
Pour Mgr Pedro
Quitorio, porte-parole de la Conférence épiscopale, "la surpopulation
est un problème, mais n'est pas LE problème des Philippines". "Le
problème est la mauvaise gouvernance. Il n'y a rien à distribuer, car le
gouvernement vole tout l'argent du peuple", explique-t-il.
Selon La
Croix, cette situation crée des problèmes de santé et notamment un
nombre important d'avortements clandestins. Selon l'Institut Guttmacher,
plus de 475 000 avortements seraient pratiqués, dans des conditions
dangereuses, chaque année aux Philippines...
Fatou Sow,
sociologue (université Cheikh Anta Diop de Dakar), chargée de recherche
CNRS à l'université Paris Denis-Diderot et co-auteur de Notre corps,
notre santé : la santé et la sexualité des femmes en Afrique
subsaharienne (Ed. L'Harmattan, 2004), estime qu'"un travail
énorme d'éducation, d'aide à la contraception, doit être fait, visant
les femmes pour les aider à comprendre que le contrôle de leurs corps
vient d'elles d'abord". "Il faut mettre cette priorité dans toute
politique de natalité."
Docteur en
démographie et professeur à l'Institut de formation et de recherches
démographiques de Yaoundé, Gervais Beninguisse estime que les politiques
de démographie en Afrique "ont évolué de façon plus positive" et
que "les pays sont allés vers plus d'interventionnisme". Pour
lui, il est nécessaire que des politiques démographiques adaptées
ciblent en priorité les jeunes filles : "si on adopte une politique
vis-à-vis des jeunes, par l'éducation et la prévention, on peut
promouvoir auprès d'eux une vie sexuelle moins risquée, en leur
apprenant à se protéger des MST et des grossesses non désirées." "Dans
un contexte de pauvreté, le recours à des avortements non sécurisés
cause encore plus de problème de santé d'abord, mais aussi de
déperdition scolaire et de rejet social", poursuit-il. Il déplore
que les politiques de planning familial n'aient pas de services
spécifiques pour les jeunes, filles et garçons...