Dans
son allocution devant la presse mardi 8 janvier, Nicolas Sarkozy a
indiqué qu'il souhaitait "compléter le préambule de la Constitution
pour garantir l'égalité de l'homme et de la femme, assurer le respect de
la diversité et ses moyens, rendre possibles de véritables politiques
d'intégration, et pour répondre au défi de la bioéthique". Une
commission, présidée par Simone Veil, devrait être mise en place à cet
effet
(cf. Synthèse de presse du 09/01/08).
En novembre dernier déjà, il
déclarait : "il me paraît utile et pertinent de s'assurer
régulièrement que les principes, sur lesquels notre démocratie est
construite, correspondent à l'état de notre société et si tel n'est pas
le cas, de les compléter".
Noëlle Lenoir, avocate et
ancien membre du Conseil constitutionnel explique "si la Constitution
doit refléter les défis du XXIème siècle, elle doit inclure la troisième
génération des droits de l'homme, qui comprend l'environnement,
l'informatique et la bioéthique".
Pour Bertrand Mathieu,
constitutionaliste, il y a 2 façons de réformer : "soit on pose des
principes généraux, soit on réglemente certaines pratiques". Si l'on
pense au clonage reproductif qui est déjà interdit dans la loi de
bioéthique de 2004, son inscription dans la Constitution lui donnerait
une force supérieure. Et pourtant, en s'intéressant uniquement à cette
technique, on écarte de manière délibérée d'autres pratiques qui
pourraient être aussi dangereuses et contestables.
En revanche, des grands
principes devraient pouvoir figurer dans le préambule, comme le principe
de "dignité" dans la mesure où il affirme la valeur inaliénable
de la personne humaine. En l'inscrivant dans la Constitution, Noëlle
Lenoir estime que "cela répondrait à l'idée que c'est l'homme qui
passe avant tout et qui prévaut sur le profit, l'évolution
technologique, etc...".
Mais, rédigé ainsi, le texte
pourrait poser problème au regard de la loi de bioéthique. Si la notion
de dignité renvoie à celle de protection de la vie, comment fera t-on
pour la recherche sur l'embryon aujourd'hui autorisée en France? Idem
pour l'interruption volontaire de grossesse : "la France a réglé
cette question de manière convenable", estime Noëlle Lenoir,
"prenons garde de ne pas relancer le débat". Elle préconise de s'en
tenir à une formulation plus large. Quant à Alain Claeys, député et
rapporteur de la loi de bioéthique en 2002, il estime qu'"il ne
faudrait surtout pas que la modernisation du préambule interfère avec le
débat bioéthique en cours sur l'évolution de la recherche". Didier
Sicard, lui, plaide pour "le respect des plus vulnérables".
Enfin, le père Olivier de
Dinechin qui siège au Comité consultatif national d'éthique déclare :
"je me méfie beaucoup des grands principes que l'on affirme pour,
ensuite, y déroger par le biais d'exceptions".
Rappelons que la Charte
européenne des droits fondamentaux est le texte institutionnel qui va le
plus loin dans l'inscription des droits des personnes sur les questions
de bioéthique. Dans son premier chapitre, elle indique que "la
dignité humaine est inviolable et "elle doit être respectée et
protégée". L'article 2 indique lui que "toute personne a droit à
la vie". Enfin l'article 3 stipule que "toute personne a droit à
son intégrité physique et mentale". L'Unesco a de son côté signé en
1997 une Déclaration sur le génome humain et les Droits de l'Homme qui
pourrait servir de base à la nouvelle Commission sur la Constitution.
Les droits fondamentaux connaissent des interprétations très variées en
fonction des cas posés. "Les Constitutions nationales ne mentionnent
pas la bioéthique, d'abord par prudence, parce que la recherche évolue,
et ensuite parce que ces droits sont interprétés en fonction des
conceptions du moment", explique Noëlle Lenoir. Les questions nées
de l'évolution de la science doivent donc être définies en évitant que
l'être humain ne devienne un matériau de recherche.