Le
Quotidien du Médecin revient sur le cas de Chantal Sébire, cette
patiente de 50 ans atteinte d'esthésioneuroblastome (tumeur des sinus et
de la cavité nasale) incurable qui souhaite "partir dignement dans la
mort" (cf.
Synthèse de presse du 28/02/08).
Soutenue par
son médecin, le Dr Emmanuel Debost, elle plaide pour qu'évolue la
législation sur l'euthanasie face au "flou laissé par la loi"
[dite loi Leonetti sur la fin de vie, NDLR] et au "refus de
responsabilité par la société". Pour le Dr Debost, "le cadre
législatif devrait permettre d'encadrer la décision [d'euthanasie,
NDLR] qui résulterait d'un travail d'équipe".
Pour le Dr
Bernard Paternostre, adjoint au chef du service de soins palliatifs du
CHU de Bordeaux, il faudrait que Chantal Sébire soit prise en charge par
une équipe de soins palliatifs : "on n'est jamais sûr de supprimer
totalement la douleur, mais on peut au moins la ramener à des niveaux
moins intolérables". Les patients ne disposant pas tous de réseaux
ou d'équipes mobiles de soins palliatifs à proximité, il souhaite que
des efforts soient faits dans le domaine, ainsi que dans la formation
aux traitements de la douleur.
"C'est parce que vous êtes un être humain que nous ne voulons pas
vous euthanasier comme un animal", répond-il aux personnes qui
arguent que l'"on ne permettrait pas à un animal d'endurer ce que
j'endure", à l'instar de Chantal Sébire.
Le Dr Isabelle
Marin, coordinatrice du réseau Onconord (cancer et soins palliatifs) à
Saint-Denis et dans le Val d'Oise, raconte que : "aucun d'entre eux
[ses patients, NDLR] ne m'a jamais directement demandé de lui
donner la mort, ce qui ne veut pas dire qu'ils n'aient pas, à certains
moments, exprimé un tel vœu auprès de leur entourage, ou des équipes
soignantes". "Dans la plupart des cas, nous sommes en mesure de
soulager leur douleur et nous arrivons à calmer leur angoisse",
poursuit-elle.
Dans le cas de Chantal Sébire, le Dr Marin dit être frappé par "l'ambiguïté
terrible de la demande exprimée" : la patiente disposant de produits
qui lui permettraient de passer à l'acte seule, pourquoi demande-t-elle
l'intervention d'un tiers ? D'autant que, en médiatisant sa demande,
Chantal Sébire "fait autre chose qu'exprimer une volonté de mort"
: "elle dénonce en tant que vivante une législation qui l'a réduite à
cet état, comme si elle était la victime des méchants adversaires de
l'euthanasie".
Le Dr Marin ajoute que "dans ce cas qui semble épouvantable à un
public qui n'accepte pas qu'il y ait de la mort dans la vie", il
revient "aux médecins de veiller à ce que tout ait été bien
entrepris, soit dans un centre antidouleur, soit dans un réseau de soins
palliatifs pour répondre aux exigences de son cas", et non au
président de la République auquel s'est adressée Chantal Sébire.
Dans La Maison,
établissement pour les personnes atteintes du VIH/Sida créé par le Dr La
Piana, sur les 2 000 patients pris en charge en 13 ans, une dizaine a
persévéré dans sa demande d'euthanasie. Faut-il pour eux légaliser
l'euthanasie ? "Nous aurions beaucoup plus à y perdre qu'à y gagner",
répond le Dr La Piana. "Le fait que nous butions sur le mur de la loi
qui interdit l'euthanasie stimule la créativité de nos équipes et nous
incite à aller le plus loin possible dans la prise en charge de la
détresse des fins de vie." "S'agissant de cette patiente, sa
détresse doit être secourue, et non récupérée", conclut-il.
Si les demandes
persistantes d'euthanasie ne représentent qu'un très faible pourcentage,
faut-il adopter une loi spécifique qui autorise l'euthanasie active,
interroge le Dr Daniel Dérouville, médecin chef de service à la maison
Jeanne-Garnier à Paris ? Pour lui, "le médecin doit aller au bout de
ses ressources thérapeutiques et ne jamais se hâter inconsidérément".
"Nous devons veiller à prendre le temps d'agir sur tous les types de
souffrance et à laisser le temps au patient de réitérer sa demande. Si
tant est qu'il persiste dans sa volonté de mort."