Libération
revient, via ses lecteurs et internautes, sur la décision de
la Cour de cassation permettant à tout fœtus né sans vie d'être déclaré
à l'état civil (cf.
Synthèse de presse du 07/02/08).
Pour une
lectrice, plutôt que d'aider à "faire le deuil d'une potentialité
d'enfant", cet arrêt "ancre dans la douleur" et constitue "une
première remise en cause du droit à l'IVG".
Joëlle Lévy-Ortscheidt,
psychanalyste, voit dans cette décision une volonté d'estomper "la
différence entre la vie et la mort", de "gommer le réel qu'est la
mort". "Voici maintenant les fausses-couches relookées et les
fœtus élevés à la dignité de l'enfant. La mort n'est plus qu'un acte
manqué", poursuit-elle.
Elle regrette qu'"incidemment, la décision judicaire donne une
définition de la vie : l'affirmation d'avoir eu l'intention de la donner"
et que la Cour "s'inspire (...) des slogans de la psychologie
comportementale envahissante, qui promeut le deuil généralisé à toute
perte, mais surtout les techniques pour s'en débarrasser au plus vite".
D'après elle, en effaçant le nom de fausse-couche, on efface le fait que
"nous n'avons pas la maîtrise de nos vies", qu'"avoir un
enfant reste une aventure hasardeuse, imprévisible, non programmable"
et ce quels que soient les progrès de la science. "C'est aussi ce qui
laisse aux enfants un espace pour vivre", ajoute-t-elle.
Elle conclut que cette décision octroie aux parents un autre motif de
plainte, "cette identification à un malheur" ne leur garantissant
pas "une meilleure qualité de vie".
Père d'un
enfant perdu à 28 semaines et juriste, un autre lecteur dit comprendre
la demande des parents qui ont porté cette affaire devant la Cour de
cassation. "Cela m'a fait du bien de pouvoir lui donner un prénom, de
le déclarer, cela aide à faire son deuil." Il ajoute : "Un bébé
de 500gr mesure 20cm et a tous ses organes formés", "c'est un
vrai bébé". Pour lui, "il faut déconnecter ce débat de la
question de l'avortement" : "il peut y avoir plusieurs temps : le
temps de l'embryon, du fœtus, et celui du bébé".
Marie-Noëlle H
s'interroge sur l'existence d'un vide juridique sur les fœtus de 14 à 22
semaines : "avant 22 semaines, le fœtus n'est rien", "pourtant,
vous n'avez pas le droit de demander une interruption de grossesse après
14 semaines"...