La
session annuelle de formation organisée par la Commission doctrinale de
l'épiscopat (présidée par Mgr Pierre-Marie Carré, archevêque d'Albi) et
le "groupe de travail sur la bioéthique" (créé à Lourdes en novembre
dernier et présidé par Mgr Pierre d'Ornellas, archevêque de Rennes)
s'est ouverte hier à Rennes pour trois jours. Elle réunit une
soixantaine d'évêques sur le thème "Le début de la vie humaine :
aspects scientifique, éthique, juridique pour un discernement pastoral".
Parmi les intervenants, signalons le Pr Axel Kahn, généticien, le Dr
Dominique Le Lannou, directeur du CECOS (Centre d'études et de
conservation des œufs et du sperme humain) de Rennes, le conseiller
d'Etat Alain Christnacht (approche juridique) et le père Alain
Mattheeuws (point de vue éthique).
Le cardinal
André Vingt-Trois, archevêque de Paris et président de la Conférence des
évêques de France, a exposé les enjeux de cette réunion dans une
interview accordée à Ouest France. Dans cet entretien, Mgr
Vingt-Trois réaffirme la volonté de mobilisation de l'Eglise sur le
terrain de la bioéthique, notamment en vue de la révision des lois de
bioéthique prévue en 2009. Pour lui, le débat éthique doit se focaliser
sur "le respect absolu de la vie humaine, en raison de sa dignité
intrinsèque" et doit donc se poser la question suivante : "Est-ce
que cela vaut la peine de sacrifier le respect de la dignité humaine,
même pour des progrès médicaux ?".
Revenant sur la
récente décision de la Cour de cassation d'autoriser l'inscription à
l'état civil de tout fœtus né sans vie (cf.
Synthèse de presse du 07/02/08), Mgr Vingt-Trois dénonce une
chosification du fœtus et de l'embryon. "Quand la Cour de cassation
décide de légitimer l'inscription d'un fœtus comme membre de la famille,
cela signifie bien que ce fœtus a un statut. Ce qui s'est produit depuis
une cinquantaine d'années, c'est au contraire une transformation
rampante du statut juridique, de fait, du fœtus et de l'embryon. On les
a chosifiés." "La position de l'Eglise est que l'on doit
agir comme si l'embryon était une personne. Il y a une continuité
humaine entre la cellule initiale et l'être humain qui naît",
explique-t-il.
D'après lui, la
réaffirmation du statut du fœtus ne remet pas en cause la loi sur
l'avortement en vigueur : "jamais l'avortement n'a été légalisé. Il a
été dépénalisé, ce n'est pas la même chose. Mme Veil n'a jamais voulu
établir un droit à l'avortement. Elle a voulu atténuer des situations de
détresse en ne laissant pas subsister une pénalisation considérée alors
comme disproportionnée".
Quant aux
cellules souches embryonnaires, Mgr Vingt-Trois dénonce le fait que l'"on
fait rêver le grand public en lui promettant la guérison des maladies de
Parkinson et d'Alzheimer" alors que "après des années de
recherche, il n'y a pour l'instant aucun progrès notable, contrairement
aux travaux sur les cellules souches adultes" ; "l''alibi
thérapeutique ne tient pas". Pour Mgr Pierre d'Ornellas, il faut "aider
la science à garder raison" et "encourager la rechercher sur les
cellules souches adultes, qui a d'ores et déjà donné des résultats".