La
Croix analyse les conséquences
des trois arrêts rendus par la Cour de cassation, le 6 février dernier,
qui permettent l'inscription à l'Etat civil de tout enfant mort-né, quel
que soit son développement (cf.
Synthèse de presse du 07/02/08).
"A l'évidence, cette
décision pose de nombreuses questions", écrit Dominique Quinio : "des
plus pratiques (doit-on accorder un congé de maternité ou de paternité
pour un enfant sans vie ?), jusqu'aux plus fondamentales (de tels arrêts
ne viennent-ils pas buter sur la loi autorisant l'avortement ?)".
Pour elle, la Cour veut
contraindre le législateur à préciser la loi, sans remettre en cause la
loi sur l'avortement. Idem pour les trois parents à l'origine de ces
arrêts qui souhaitent simplement "que soit reconnu leur amour pour un
enfant né mort, leur enfant". Mais, comment dès lors ne pas voir la
contradiction qu'il y a entre le fait que, au même stade, un fœtus peut
être considéré comme un enfant ou être légalement éliminé ? Même ceux
qui revendiquent l'avortement comme un "droit" absolu ne peuvent pas ne
pas voir cette contradiction. Si l'on considère que seul le désir
parental fonde la vie de l'enfant, faudrait-il en déduire que "les
enfants non désirés et néanmoins mis au monde - il en est - n'auraient
(...) pas d'existence" ?
La décision de la Cour de
cassation autorisant tout fœtus né sans vie à être déclaré à l'Etat
civil permet de lui donner un prénom, de l'inscrire sur le livret de
famille, d'organiser des funérailles et donne accès à certains droits
sociaux.
En évinçant la circulaire de
2001, qui réservait ces dispositions aux fœtus de plus de 22 semaines et
de plus de 500 grammes et en se rapportant à l'article 79-1 du Code
civil, qui se réfère à la notion "floue" d'accouchement, la Cour de
cassation permet à toutes les familles qui en feront la demande
d'obtenir un acte d'enfant sans vie (y compris dans le cas d'une fausse
couche ou d'un avortement).
En théorie, les parents d'un
enfant mort-né pourraient désormais avoir droit à un congé maternité /
paternité. La Caisse nationale d'assurance-maladie et le Ministère du
travail disent réfléchir à cette question.
En ce qui concerne la
filiation, rappelons qu'un acte d'enfant sans vie n'établit aucune
filiation : il permet de donner un prénom à un enfant mort-né mais pas
un nom de famille, "qui est un attribut de la personnalité juridique
et ne peut être dévolu qu'à un enfant né vivant et viable".
Selon les juristes, ces arrêts
"n'entraînent aucune remise en cause du droit à l'avortement". "Pour
eux, si l'inscription de l'enfant né sans vie à l'état civil est bien
une forme de reconnaissance, cela ne confère en effet aucune
personnalité juridique au fœtus", explique le quotidien. Professeur
de droit à l'université Paris I, Bertrand Mathieu rappelle que la
jurisprudence du Conseil constitutionnel "donne déjà toutes les clés"
: "tout en protégeant la vie dès sa conception, elle permet le
recours à l'avortement. En effet, cette protection n'est pas absolue :
elle doit être conciliée avec un autre principe, la liberté personnelle
de la mère, à qui on ne peut imposer une contrainte qu'elle serait hors
d'état de supporter".
Pour Alain Legoux, avocat
général, il revient au législateur d'harmoniser une situation paradoxale
entre les arrêts de la chambre civil et ceux de la chambre criminelle
qui écartent l'incrimination d'homicide dans le cas d'un décès
in-utero après un accident.
Face au vide juridique que met
en lumière les jurisprudences de la Cour de cassation, le législateur
dispose de deux possibilités : soit il donne force de loi à la
circulaire de 2001, soit il en reste là, "avec les imbroglios
juridiques qui peuvent s'en suivre". Pour l'instant, la chancellerie
a estimé "qu'il n'est pas a priori nécessaire de modifier la loi".
La Confédération national des
associations de familles catholiques s'est réjouie de ce que "la
haute juridiction ait reconnu une existence à tout fœtus né sans vie
quel que soit son niveau de développement". Pour Jean-Daniel Causse,
professeur d'éthique à Montpellier, "l'intérêt d'une inscription sur
le livret de famille du fœtus né sans vie est qu'elle donne une place au
fœtus que la femme - et le couple - a porté, attendu, désiré, investi
aussi". Intérêt confirmé par des témoignages d'équipes médicales
confrontées à la souffrance de parents qui ne peuvent pas faire le deuil
d'un enfant incinéré avec les déchets médicaux.
Anne Pierredon, âgée de 39 ans,
a perdu en avril 2004 un garçon de 21 semaines et 5 jours qu'elle n'a
pas pu enterré. Pour elle, le plus important dans cette décision est
qu'"on pourra enfin enterrer ces enfants". François-Henri
Paroissin (36 ans), souffre de n'avoir pas pu donner son nom de famille
à son fils Timothée qu'il a pu tout de même déclarer. "Nous sommes
dans une société qui autorise à interrompre la vie, ce que je ne juge
pas, mais qui, dans le même temps, refuse à des parents le droit de
reconnaître pleinement leur enfant. (...) On trouvera vraiment la
paix quand cet enfant aura notre nom", écrit-il.