Dans
Le Figaro, Emmanuel Hirsch, professeur d’éthique à la faculté de
médecine et à l’université Paris-Sud IX, revient sur les arrêts rendus
par la Cour de cassation le 6 février dernier, offrant la possibilité à
des parents de fœtus né sans vie, quel que soit son développement, de le
déclarer à l'Etat civil.
"La dignité humaine ne se
quantifie pas à l’aune de considérations scientifiques ! ",
s’exclame-t-il. Il serait donc aberrant de considérer que ces arrêts
obtenus par trois parents "insoumis aux arguties scientifiques d’une
dignité reconnue au fœtus de 22 semaines d’aménorrhée ou d’un poids de
500 grammes, et refusée en deçà" soient jugés comme une "réponse inconvenante à un
combat d’arrière-garde, l’expression d’un scrupule désuet, vain, sans
portée, voire d’une compassion".
A l’approche de la très prochaine
révision des lois de bioéthique de 2004, n’est-on pas en droit de "se
demander si l’éthique "d’en-bas", celle de l’ordinaire et de
l’expérience immédiate, est encore conciliable avec certaine éthique
"d’en-haut" "qui "campe désormais sur des positions dogmatiques hostiles
à la moindre contestation" ?
Emmanuel Hirsch rappelle que les
magistrats de la Cour de cassation n’ont fait que se référer à l’article
79-1 alinéa 2 du code civil qui "ne subordonne pas l'établissement
d'un acte d'enfant sans vie ni au poids du fœtus, ni à la durée de la
grossesse". Leur décision n’est donc en rien un bouleversement !
Que des parents refusent
d’abandonner leur enfant mort né "au scalpel du chercheur ou à
l’incinérateur relève de considérations anthropologiques profondes"
qui ne peuvent pas ne pas être partagées. Et le fait qu’ils souhaitent inscrire
cette existence dans leur histoire familiale "donne à comprendre le
sens intime et ultime d’un attachement".
Cette volonté découle d’une haute
conception de la dignité humaine et du respect dont son bien souvent
témoins les professionnels de santé confrontés à de telles situations et
qu’a reconnu la Cour de cassation, dont la décision "prend dès lors une
dimension éthique évidente".
Rappelons que le 22 mai 1984, le
Comité consultatif national d’éthique (CCNE) affirmait que "l’embryon
ou le fœtus doit être reconnu comme une personne humaine potentielle qui
est ou a été vivante et dont le respect s’impose à tous".
Controversé à l’époque, cet avis n’a en rien empêché le développement de
la recherche sur l’embryon (autorisée par décret le 6 février 2006).
Aujourd’hui, la Cour de cassation "semble indiquer, pourtant, que
l’exigence de respect fait irruption et s’impose d’autant plus là où
l’on semble la méconnaître, la contester ou la mépriser au nom de
considérations qui ne sauraient être discutées".
Pour Emmanuel Hirsch, l’idéologie
scientiste poussée à l’extrême représente une menace pour "les
valeurs et les repères indispensables à une existence sociale digne de
respect" et fait naître "plus qu’on ne le pense un sentiment
d’insécurité, de violence et de vulnérabilité".
Il en appelle donc à ce que les
discussions concernant la bioéthique "prennent la juste mesure de
leurs responsabilités qui ne se limitent pas aux aspects les plus
innovants, spectaculaires et "prometteurs" des pratiques biomédicales".