Responsable
de la commission bioéthique du diocèse de Fréjus-Toulon, Pierre-Olivier
Arduin constate que "nos sociétés postmodernes sont placées sous
l’autorité absolue de la science".
Preuve de cette "soumission
collective à la science", certains technoscientifiques ont - à la
suite des récentes découvertes sur les cellules souches de sang de
cordon et les cellules souches adultes (reprogrammées en cellules
pluripotentes par Shinya Yamanaka) – souhaité gommer les deux
dispositions inscrites dans la loi de 2004 pour limiter les recherches
sur l’embryon. Ces-dernières sont en effet autorisées "à la condition
d’être susceptibles de permettre des progrès thérapeutiques majeurs et à
la condition de ne pouvoir être poursuivies par une méthode alternative
d’efficacité comparable en l’état des connaissances scientifiques"
(Code de la santé publique, art. L. 2151-5).
Au cours de la journée d'auditions
organisée par l'Office parlementaire d'évaluation des choix
scientifiques et technologiques (Opecst) à l’Assemblée nationale le 29
novembre dernier, Axel Kahn avait ainsi défendu l’idée de libéraliser,
sans restriction, la recherche sur l’embryon "pour la seule
connaissance scientifique" (Cf
Synthèse de presse du 30/11/07).
L’alibi thérapeutique et le droit
à la santé des malades évoqué en 2004 cèdent le pas au "droit de la
science". Dès lors, la liberté de la recherche supplante le respect
de la dignité de l’être humain - pourtant entériné par la Déclaration
universelle sur la bioéthique et les droits de l’homme adoptée par
la conférence générale de l’Unesco le 11 novembre 1997 et par la
Convention européenne d’Oviedo sur la biomédecine du 19 novembre
1996.
Autre preuve de ce bouleversement,
les doléances de Carine Camby, directrice de l’Agence de la biomédecine,
qui souhaite établir une loi-cadre énumérant de grands principes tout en
laissant libres les chercheurs et l’Agence de la biomédecine qui
disposerait de "plus de possibilité d’interprétation et
d’application".
Pourtant, il semble que l’Agence
de la biomédecine ait déjà pris quelques libertés à l’égard de la loi de
2004 : "une prise en compte honnête des nouvelles découvertes dans le
champ des cellules souches adultes et de l’absence de perspectives
médicales venant de la recherche sur les cellules embryonnaires
n’aurait-elle pas dû conduire le conseil d’orientation scientifique de
l’Agence à reconsidérer son point de vue sur les délivrances
d’autorisations jusqu’ici accordées aux équipes travaillant sur
l’embryon ?".
Dérives qu’avaient dénoncées le
Centre français pour la justice et les droits fondamentaux, estimant qu’"en
créant une telle agence, le législateur fait preuve d’une formidable
hypocrisie" : "il prétend remettre les questions difficiles entre
les mains de “sages”, tout en désignant “les sages” parmi ceux qui ont
le plus d’intérêts à l’autojustification. Les expérimentations seront
contrôlées par les scientifiques eux-mêmes : la liberté de la recherche
n’est plus directement soumise au principe de dignité dont le respect
est garanti par le Parlement, mais la liberté de la recherche devient
une liberté publique autonome. Le chercheur se trouve ainsi investi de
la responsabilité exorbitante de fixer lui-même des limites à ses actes.
Alors qu’il se veut le seul garant légitime en démocratie de la
protection des droits fondamentaux, le pouvoir politique abdique en se
déchargeant sur les experts. Dans un tapage médiatique tenant lieu de
débat politique, l’État français laisse la science lui donner un
projet".
Même si le Parlement n’a pas
brillé par le respect accordé à la vie humaine, l’échéance obligatoire
de la révision de la loi et les débats argumentés ont sans doute
"atténué les effets délétères" des transgressions votées.
Il est donc temps que "le politique
reprenne la main en pesant objectivement les enjeux scientifiques et
éthiques portant sur les thérapies cellulaires", conclut
Pierre-Olivier Arduin.