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A
l'occasion de la publication par le Vatican de l'instruction «Dignitas
personae» consacrée
à la bioéthique, le Figaro a interviewé Mgr d'Ornellas, président du
groupe de travail de la Conférence des évêques sur la révision des lois
de bioéthique et le Professeur Alain Grimfeld président du Comité
consultatif national d'éthique.
Le
Figaro interroge notamment le Pr Grimfeld pour savoir s'il a été choqué
par les refus contenus dans ce texte d'Eglise. Celui-ci répond : "le
débat éthique est un débat contradictoire. Je n'ai pas à être choqué et
je ne suis pas choqué par les «oui» ou par les «non». J'ai à apprécier
la participation de familles de pensée et de familles religieuses à ce
débat. C'est essentiel pour un tel débat."
Il
rappelle que l'éthique, en dehors de toute considération religieuse,
doit savoir poser des «non»
"car tout devient possible techniquement, mais
pour autant tout n'est pas autorisé ! Et au nom du respect et de la
dignité de l'homme, tout ne devra pas être autorisé."
Il précise qu'il apprécie énormément
l'ouverture de l'Église catholique sur la question de la personne
humaine, car, dit-il "au-delà d'un agglomérat de cellules organisées
en une multitude de fonctions constituant un être humain, il y a une
personne."
La
recherche sur l'embryon illustre cette problématique et si certains
considèrent que l'Eglise bloque le progrès scientifique en interdisant
cette recherche, Alain Grimfeld remarque que devant ces difficultés
éthiques un certain nombre de chercheurs développent d'autres voies de
recherche prometteuses.
Mgr
d'Ornellas rappelle que "le respect inconditionnel face à chaque être
humain, à toutes les étapes de sa vie, est un principe universel et une
parole pacifiante en toute conscience et en toute culture. Et c'est
précisément au nom de ce respect que l'Église encourage avec force la
recherche pour de nouvelles thérapies."
Il
remarque que l'instruction Donum vitae n'avait pas été bien reçue
en 1987, parce qu'à cette époque il y avait un engouement terrible pour
le progrès scientifique. Or aujourd'hui l'enthousiasme est tempéré, la
société a pris conscience que les enjeux étaient complexes et l'opinion
est plus attentive à la réflexion éthique. A. Grimfeld observe également
cette transformation : "Cette attitude nouvelle, je l'observe parmi
les plus compétents, les plus pointus et dans tous les domaines des
sciences de la vie et de la santé" confirme-t-il.
Enfin
chacun s'accorde à reconnaître que la question fondamentale est la
compatibilité entre le respect de la dignité humaine et les avancées de
la recherche. Mgr d'Ornellas estime qu'il y a une sagesse vers laquelle
nous pouvons tendre ensemble : "la convergence n'est pas un consensus
mou, elle est un sommet de la réflexion humaine à un moment de
l'histoire." Le Pr Grimfeld considère également qu'il est nécessaire
de "déterminer les grands principes éthiques qui guideront notre
réflexion et nous y tenir". Cette nécessité s'impose notamment parce
que des chercheurs, soutenus par des sommes colossales aux Etats-Unis,
sont tentés de créer un "transhumanisme". La technicité est telle
aujourd'hui que ces chercheurs pensent pouvoir créer "un autre homme
quittant la branche humaine actuelle pour en créer une autre, de toutes
pièces." "La convergence va s'opérer entre ceux qui diront "non"
nous tenons à la conservation de l'espèce humaine dans son évolution
ontologique (...) et ce sera pour des raisons de respect premier de la
dignité humaine mais également pour des motivations fondées sur
l'exégèse des Ecritures" et ceux qui diront "ce stade est
dépassé, nous pouvons créer une autre espèce, il est temps de franchir
le pas." Là, précise le Pr. Grimfeld, il n'y aura pas de
convergence possible mais une divergence fondamentale, et nous devrons
opérer un vrai choix. Aujourd'hui de nombreux courants de pensée et
l'Eglise catholique convergent sur la nécessité de maintenir l'espèce
humaine. |