Professeur
d'éthique médicale à Paris-Sud XI, Emmanuel Hirsch revient sur le
rapport Leonetti sur la fin de vie rendu "après des mois de
polémiques habilement fomentées par l'Association pour le droit de
mourir dans la dignité". Selon lui, ce rapport nous demande avant
tout d'appliquer la loi de 2005 et de "dégager les moyens
indispensables à une approche enfin digne des réalités humaines et
sociales en fin de vie", "faute de quoi, d'autres modèles seront
promus, comme celui de la Belgique, qui, en quelques années, a banalisé
les pratiques de l'euthanasie jusqu'à les appliquer à des personnes
atteintes d'Alzheimer ou de maladies psychiatriques, voire en salle
d'opérations afin de prélever les organes à des fins médicales ou
scientifiques".
Emmanuel Hirsch dénonce ensuite
"la revendication, par certains, de l'euthanasie pour mettre fin aux
"vies indignes d'être vécues"", "idéologisation d'une liberté
ultime, affirmée dans le recours à la mort médicalement administrée"
qui bafoue à la fois "les combats menés par les personnes malades et
leurs proches afin d'être reconnus dans leur aspiration à pouvoir enfin
vivre leur vie en société sans discriminations" et les "fondements
même de la démocratie", nous livrant "aux dérives d'une évidente
barbarie".
Comment tolérer le "discours
de quelques beaux esprits qui proclament comme une conquête morale
l'urgence de dépénaliser l'euthanasie, sans consacrer la moindre
attention à ceux, plus vulnérables que d'autres, qui éprouvent de tels
arguments comme une injure, une imposture, l'insupportable manifestation
d'un rejet qui révoque leur humanité même" ? Les tenants du suicide
médicalement assisté "confortent les logiques de l'indifférence, du
renoncement ou de l'abandon et justifient ainsi les relégations de nos
malades aux marges de la cité, dans un état de précarité et d'errance
chroniques, au domicile ou dans des institutions vécues comme des lieux
de ségrégation".
"Il nous faut
résister aux figures imposées d'une culture de la mort digne, repenser
et refonder les solidarités indispensables à une vie en société digne
d'être vécue jusqu'à son terme" ; affirmer que "l'existence, la
dignité et les droits des personnes malades ou handicapées valent mieux
que les débats indécents qui tentent d'organiser les conditions de
gestion de la mort des plus vulnérables" et "conférer un espace
d'expression publique à la réflexion consacrée au sens de la vie, à la
valeur des combats de vie menés par les personnes malades et leurs
proches".
L'auteur en appelle enfin à "une
mobilisation éthique" qui "concerne les fondements de la vie
démocratique et sollicite une dynamique de la responsabilité partagée,
un engagement auprès de celles et de ceux qui attendent de notre société
d'autres réponses que la solution finale d'une mort assistée".
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