Dans
une tribune parue dans Le Monde, Jean-Paul Delevoye, médiateur de
la République, revient sur le débat sur l'euthanasie, régulièrement
relancé par des cas médiatisés, le dernier en date étant celui de
Chantal Sébire. Véritable enjeu de société, la question de la fin de vie
ne saurait, selon lui, se contenter d'une réponse binaire avec d'un côté
ceux qui défendent le droit sacré à la vie, refusant de donner la mort
et de l'autre, ceux qui invoquent un droit à mourir dans la dignité.
Les fondements de
notre société actuelle ne laissent aucune place à la légitimité d'un
droit à mourir et ne permettent non plus pas d'obtenir l'aide d'une
tierce personne pour abréger la vie. Ainsi, ni le droit français ni la
Convention européenne des libertés fondamentales et des droits de
l'homme ne reconnaissent l'existence d'un droit de mourir. Mais, "pour
autant, ne peut-on pas se prévaloir d'un droit, dont est titulaire
chaque individu, de disposer librement de son corps ?", s'interroge
Jean-Paul Delevoye. Autrement dit, la société doit-elle s'opposer à la
demande de mourir d'un individu "dont les souffrances sont telles
qu'il n'est plus en mesure de les supporter, malgré les traitements et
les soins prodigués" ?
"En droit
français, la libre disposition de son corps est par essence limitée par
la loi", rappelle l'auteur. Mais, si la loi est l'expression
générale de la volonté du peuple, "une personne se réclamant de sa
dignité est-elle réellement contrainte de se soumettre à cette volonté
collective ?". Pour le médiateur de la République, cette question
est d'autant plus pertinente que "la dignité est une notion à
définition variable qui relève, pour beaucoup, de la subjectivité".
D'après lui, la loi dite Leonetti sur la fin de vie, votée en 2005, "a
constitué une avancée importante dans la prise en compte de l'état du
patient et de sa dignité" en prohibant tout acharnement
thérapeutique et en instaurant un droit aux soins palliatifs et au
laisser mourir.
"Mais la
loi n'a pas légiféré sur l'euthanasie active." Dès lors, "faut-il
réformer la législation sur l'euthanasie afin de réserver à l'euthanasie
active la place actuelle accordée à l'euthanasie passive ?". "L'autoriser
serait la porte à d'inévitables dérives", répond le médiateur, tout
en plaidant pour un "aménagement" de la loi Leonetti et une "humanisation
de notre droit", c'est-à-dire pour une exception d'euthanasie...
Selon lui, "une voie pourrait être trouvée en déclarant pénalement
irresponsable, compte tenu d'un état de nécessité ou de contrainte que
des circonstances particulières pourraient justifier, toute personne
conduite à procéder à une euthanasie active". Se référant à l'avis
du Comité consultatif national d'éthique (CCNE) du 27 juin 2000 qui
ouvre la voie à cette exception d'euthanasie, il croit nécessaire
d'ajouter que celle-ci, si elle était autorisée, devrait être "strictement
encadrée, tout en respectant la volonté du patient".