Responsable
de la commission bioéthique du diocèse de Fréjus-Toulon, Pierre-Olivier
Arduin revient sur la récente déclaration du député Jean Leonetti,
chargé d'évaluer l'actuelle loi sur la fin de vie, selon laquelle il
veut travailler sur l'exception d'euthanasie. Il souhaite ainsi "affiner
la loi" et proposer "les évolutions législatives nécessaires".
Pierre-Olivier
Arduin s'attend donc à ce que l'exception d'euthanasie soit "mise en
avant comme un compromis raisonnable entre les partisans du "droit de
mourir dans la dignité" et ceux qui s'opposent résolument à la mort
médicalement provoquée". Cette sorte de troisième voie originale,
nous fera-t-on croire, permettra d'éviter le pire et ce sans nier la
souffrance de certains.
Pourtant, cette
troisième voie n'a plus rien d'originale "tant elle n'en finit pas de
revenir à l'occasion des débats récurrents sur la fin de vie dès qu'un
nouveau drame humain capte l'émotion collective" et parce qu'elle
était déjà, en 2000, le concept-clé de l'avis n°63 du Comité consultatif
national d'éthique (CCNE) qui recommandait des "ouvertures
exceptionnelles" à la valeur fondatrice de l'interdit du meurtre
qu'il fallait en même temps préserver.
Rappelons que
c'est cette même ligne directive qui avait été écartée en 2005 à cause
de sa fragilité. L'expérience des Pays-Bas le prouve : bien que
l'euthanasie y soit appréhendée comme une dépénalisation exceptionnelle,
une récente étude montre une proportion impressionnante d'euthanasies
pratiquées en dehors des critères posés par la loi. Cet exemple concret
prouve bien qu'"il y a toujours de nouveaux cas à cacher car ne
rentrant pas dans le cadre de la procédure exceptionnelle et de ses
exigences de minutie sensée limiter le champ d'application de
l'euthanasie". "Le législateur est alors contraint de faire à
nouveau des concessions en modifiant le cadre législatif initial pour
enrayer le processus de clandestinité des actes posés", prévient
Pierre-Olivier Arduin. Ainsi, aux Pays-Bas, l'euthanasie a-t-elle été
étendue aux enfants ; en Belgique la mort médicale peut être accordée à
des personnes qui ne sont pas en fin de vie...
Au vu de ces
glissements, Pierre-Olivier Arduin affirme que "l'exception
d'euthanasie n'est en fin de compte que la condition nécessaire et
suffisante pour mettre en place progressivement une société de
l'euthanasie où les choix technocratiques remplacent les chois éthiques
et où la raison instrumentale neutralise la réflexion". Délivrer une
dérogation à l'interdit d'homicide, si exceptionnelle soit-elle, génère
des phénomènes de glissements comme l'illustre la situation de nos pays
voisins. "On ne ferme pas une porte en ouvrant une fenêtre",
confirme le philosophe Jacques Ricot...
Par ailleurs,
le garde des Sceaux, Rachida Dati, en visite au service de soins
palliatifs du CHU de Besançon, a annoncé hier la "signature d'une
convention entre la Cour d'appel de Besançon et le CHU" pour "mieux
faire connaître" la loi Leonetti.