A
titre expérimental et "en toute discrétion", l'Agence de la
biomédecine autorise, depuis le mois d'octobre 2006 et ce dans une
dizaine de centres de transplantation, le prélèvement d'organes sur cœur
arrêté. Cette technique consiste à prélever des organes sur des
personnes en état d'arrêt cardiaque, après une réanimation de trente
minutes et le constat de l'absence de reprise de battements du cœur
durant cinq minutes au moins. Jusqu'alors, les prélèvements d'organes
s'effectuaient sur des patients en état de mort encéphale.
Pratiquée aux
Etats-Unis notamment, cette technique permet d'augmenter le nombre de
donneurs potentiels et donc de pouvoir greffer davantage de demandeurs
d'organes. Pour autant, cette initiative "sème le trouble" au
sein du corps médical. Certains dénoncent la "course contre la montre"
imposée par cette technique, le prélèvement devant être fait 120 minutes
maximum après l'arrêt du cœur (contre un ou deux jours après une mort
encéphalique avérée). Responsable du groupe de travail à l'espace
éthique AP-HP, Marc Guerrier souligne la difficulté de parler de don
d'organes à une famille quelques minutes seulement après le constat du
décès et celle rencontrée par le personnel qui, d'un côté, fait tout
pour réanimer le patient et, de l'autre, constitue un dossier pour un
éventuel prélèvement.
Par ailleurs,
les professionnels de la réanimation s'inquiètent eux des moyens mis en
œuvre pour réanimer les patients. Pour Christophe Prudhomme,
porte-parole de l'association française des médecins urgentistes, "la
méthode du prélèvement sur cœur arrêté est une bonne technique si l'on
dispose de tous les outils pour réanimer la personne". Or, d'après
lui, ce n'est pas le cas partout en France : "on en revient au
problème de l'inégalité d'accès aux soins".