Bertrand
Mathieu, professeur à l'université Panthéon Sorbonne Paris I, revient
sur la question de l'euthanasie suscité par l'affaire Sébire
(cf. Synthèse de presse du 28/02/08).
S'il suggère
que la souffrance subie par ceux qui demandent à mourir soit prise en
compte, il dénonce "ceux qui exploitent cette situation pour faire
pression sur l'opinion et sur le législateur pour obtenir que leur
conception d'un droit à mourir dans la dignité s'impose par la loi".
Il conteste
l'expression "droit à mourir dans la dignité", qui sous-tendrait
qu'il y a "des vies qui ne valent pas la peine d'être vécues, qu'il y
a des vies moins dignes que les autres". Il met en garde contre la
création "d'une exception d'euthanasie" qui "établirait une
échelle de valeur de la vie humaine qui ouvre la voix à toutes les
dérives".
Il rappelle
également que la loi a pour mission d'établir les cadres, les principes
et les valeurs qui structurent une société et qu'elle ne doit pas
"décliner l'ensemble des dérogations que telle ou telle situation
particulière pourrait justifier au principe qu'elle pose". Dans ce
cas, c'est au juge de dire "si une violation de loi commise dans un
contexte particulier peut justifier une excuse ou une dispense de
peine".
Cet argument
parfois qualifié d'hypocrisie est en fait le seul moyen "de chercher
un équilibre entre le maintien des principes qui structurent nos
sociétés et la résolution de situations personnelles particulièrement
douloureuses", explique Bertrand Mathieu. Remettre en cause
l'interdiction de donner la mort à autrui présenterait de nombreux
dangers, explique-t-il, en pensant notamment aux personnes âgées
dépendantes ou atteintes de maladies dégénératives.
"Lorsqu'un
principe, en l'occurrence l'interdit de donner la mort, est écorné pour
des raisons que l'on peut humainement comprendre, il est ensuite facile
d'y déroger pour satisfaire des logiques plus pernicieuses." "Les
bons sentiments et la compassion peuvent parfois conduire aux pires
égarements", conclut-il.