Michel
Ghins, professeur de philosophie à l'Université Catholique de Louvain,
revient sur la question de l'euthanasie : "plutôt que de vouloir
élargir l'accès à l'euthanasie, il faut mobiliser toutes les forces pour
lutter contre la souffrance, par un développement considérable des soins
palliatifs", explique-t-il.
Pour lui, le débat sur l'euthanasie porte non seulement sur "ce
qu'il est permis de faire face à la souffrance insupportable, mais
aussi, et plus profondément, sur la vision philosophique que l'on a de
l'homme, de sa valeur et de sa liberté" : "d'un côté,
l'argumentation en faveur de l'euthanasie s'appuie sur l'autonomie
individuelle, entendue comme le pouvoir de décider, par et pour
soi-même, en quoi consistent le bien vivre et le bien mourir (...). De
l'autre côté, la défense du respect inconditionnel de la vie humaine
souligne que notre liberté ne s'étend pas au pouvoir de décider de ce
qui est bien et de ce qui est mal. Il existe des valeurs réelles,
auxquelles je suis certes libre de me conformer ou non, mais qui
existent indépendamment de moi".
Michel Ghins constate cependant
que les partisans comme les opposants à l'euthanasie se rejoignent sur
la question de la lutte contre la souffrance : ne pas faire
d'acharnement thérapeutique, "c'est-à-dire de traitement curatif
disproportionné qui viserait une guérison impossible à obtenir et qui
infligerait des souffrances inutiles au malade et à sa famille. Ensuite,
il s'agit d'accompagner humainement, spirituellement et médicalement la
personne pour alléger ses souffrances et adoucir sa fin de vie.
L'expérience montre qu'un accompagnement palliatif adéquat supprime
presque toujours la demande d'euthanasie. Celle-ci est le plus souvent
un appel à l'écoute, à la présence aimante et au soulagement de la
souffrance, plutôt qu'une demande qu'il soit effectivement mis fin à la
vie".
Il rappelle que l'euthanasie
est "toujours un homicide et une transgression, qui ne saurait être
incluse dans les soins palliatifs. Elle n'est pas un acte médical. Elle
reste contraire au serment d'Hippocrate (...)".
Michel Ghins encourage la
solidarité familiale et le développement de moyens supplémentaires pour
les personnes qui accompagnent les malades en fin de vie. Il met en
garde contre une "nouvelle forme pernicieuse d'inégalité sociale
entre ceux qui pourront s'offrir un accompagnement palliatif et ceux
qui, confrontés à la souffrance dans l'indigence et la solitude, se
verront acculés à demander que l'on mette fin à leurs jours. Pourra-t-on
alors encore parler, pour ces derniers, d'une véritable liberté de choix
?".