Jean-Yves
Goffi, professeur de philosophie à l’université Pierre-Mendès France à
Grenoble et spécialiste des questions de bioéthique, revient dans le
quotidien Le Monde sur la question de l’euthanasie. Il la définit
de façon neutre en expliquant qu’elle "recouvre les situations où une
tierce personne utilise des procédés qui permettent soit d’anticiper,
soit de provoquer la mort d’un malade incurable qui en a fait la
demande, et ce pour abréger ses souffrances ou lui épargner une
situation de déchéance ou d’indignité extrême".
Il rappelle qu’étymologiquement, le mot euthanasie signifie
"bonne mort" ou "belle mort" et que c’est à partir de la Renaissance que
la question de l’euthanasie s’est médicalisée. En 1930, les nazis mirent
en place l’opération "Aktion T4" dont le but était d’éliminer les
malades mentaux jugés incurables. Les nazis parlaient alors de mesures
euthanasiques.
Aujourd’hui,
les adversaires de l’euthanasie affirment "qu’à partir du moment où
on accepte le fait que les gens puissent mourir avec l’aide des
médecins, l’interdit du meurtre est levé", explique Jean-Yves Golfi,
qui reconnaît qu’il "faut toujours rester attentif aux dérives et aux
détournements possibles". Autre argument, celui de la "dignité
ontologique : l’existence humaine est par elle-même revêtue d’une
dignité éminente, opposable non seulement aux autres, mais aussi à
l’individu lui-même". Selon ce principe, "la vie humaine est
revêtue d’une dignité telle que l’individu ne peut pas en disposer".
Enfin, les croyants affirment le caractère sacré de la vie dont seul
Dieu est le maître.
Du
côté des partisans de l’euthanasie, il y a un argument non formulé qui
est celui du coût économique. Mais leur principal argument est aussi
celui de la dignité. Ainsi les partisans de l’Association pour le droit
de mourir dans la dignité (ADMD) affirment-ils que "la maladie peut
faire perdre son autonomie au malade, le rendant dépendant des autres de
façon humiliante, l’enfermant dans sa souffrance et lui faisant perdre
l’estime qu’il a de lui-même".
La
différence fondamentale entre les partisans et les adversaires de
l’euthanasie repose sur le droit ou non de disposer de sa vie, explique
Jean-Yves Goffi. Il reformule ainsi la question : "les individus
ont-ils, sur eux-mêmes, une souveraineté absolue ?".
Au
niveau législatif, Jean-Yves Goffi soutient la position de Nadine Morano,
ministre de la Famille, qui propose l’instauration d’une commission
nationale d’euthanasie chargée d’examiner les cas exceptionnellement
graves. Pour lui, la loi Leonetti a clarifié les choses mais ne répond
pas à tous les cas de figure. Il existera toujours, selon lui, des cas
où l’on pourra dire : "c’est une demande de mort qui a un sens et à
laquelle il est légitime d’accéder".