Jean-Yves
Nau publie dans Le Monde une analyse de "l'affaire Sébire". "Médiatiquement
mise en scène", la mort de Chantal Sébire pose, comme le fit la mort
de Vincent Humbert en 2003, la question du suicide médicalement assisté.
Rappelons que c'est à la suite de l'affaire Humbert, en 2005, que la loi
Leonetti sur la fin de vie fut adoptée. Ainsi, "les mêmes causes
médiatiques pouvant produire les mêmes effets législatifs, les militants
de la dépénalisation du suicide médicalement assisté espèrent que la
récente émotion collective jouera bientôt en leur faveur".
Le journaliste
souligne en premier lieu le désintérêt du législateur quant à
l'application des lois qu'il a pourtant votées. Le rapport sur les soins
palliatifs de la psychologue Marie de Hennezel l'affirme
incontestablement : "il faut reconnaître qu'aujourd'hui beaucoup de
médecins ne connaissent pas les bonnes pratiques en fin de vie. Beaucoup
ignorent ce que la loi leur permet de faire. Ils persistent à croire que
l'ultime solution pour apaiser les souffrances terminales consiste à
abréger la vie". Il aura fallu attendre l'affaire Sébire pour que le
gouvernement charge le député Jean Leonetti d'évaluer l'application de
la loi sur la fin de vie dont il est l'auteur.
Jean-Yves Nau
note ensuite que la médiatisation du cas de Chantal Sébire réactualise
l'avis rendu par le Comité consultatif national d'éthique (CCNE), le 20
janvier 2000, sous la présidence de Didier Sicard. Réaffirmant la "valeur
fondatrice" de "l'interdit du meurtre", le CCNE en arrivait
toutefois à se prononcer en faveur d'une "exception d'euthanasie",
sans vouloir modifier le code pénal.
Selon le
rapport de Marie de Hennezel, la majorité des médecins ne prône pas une
dépénalisation de l'acte euthanasique. De même sept sociétés savantes
médicales confrontées à la fin de vie viennent de réaffirmer que "quels
que soient les choix que notre société pourrait faire dans le futur,
donner la mort ne relève pas de la compétence du médecin et nous
n'assumerons pas ce rôle". Mais, "nombre de spécialistes
reconnaissent toutefois qu'il peut exister des situations rarissimes où
la personne malade (...) persiste à demander qu'on la délivre d'une vie
insupportable", poursuit Jean-Yves Nau.
Dès lors, il
s'interroge sur les poursuites judiciaires qu'entraînerait une décision
d'aide active à mourir "prise collégialement, au terme d'une
évaluation sérieuse et d'une réflexion éthique et (...) présentée
comme une forme de moindre mal". Face à cette question, deux
conceptions s'opposent : celle selon laquelle la loi commune doit
traiter des cas particuliers et donc introduire un "droit de mourir
dans la dignité" et celle selon laquelle le code pénal ne doit pas
être modifié et l'interdit du meurtre maintenu.
"Pourquoi
la justice ne pourrait-elle pas prendre en compte les situations
extrêmes, les justifications apportées par les médecins interrogés sur
les raisons qui les ont amenés à effectuer des gestes qui ne seraient
pas, alors, considérés comme des crimes ?", semble regretter
Jean-Yves Nau. Ainsi, d'après lui, "au côté de la médecine, la
justice participerait ainsi à l'évolution des mœurs sans que l'on ait à
modifier la loi. On se garderait de la sorte des dérives toujours
possibles quand un pays choisit de permettre à ses médecins d'éliminer
ceux qui dérangent".