Corine
Pelluchon,
agrégée et docteur en philosophie, revient dans Le Monde sur le
débat autour de la légalisation de l'euthanasie.
Elle rappelle qu'en bioéthique,
les propositions de loi sont examinées en fonction de leur cohérence
avec les valeurs communes qui sont le fondement de la société. Elle
s'interroge sur la pertinence d'une loi sur la légalisation de
l'euthanasie alors que la loi Leonetti du 22 avril 2005 apporte des
solutions concrètes à la peur de mourir de façon dégradante et dans la
souffrance. La loi Léonetti est "centrée sur la notion de
"proportionnalité des soins" et du développement de la culture
palliative", rappelle-t-elle et "implique le passage d'une
médecine encore liée à l'acharnement thérapeutique à une pratique
maîtrisée".
Elle analyse les arguments des
partisans d'une loi dépénalisant l'euthanasie :
- sur la question de la place du médecin, elle rappelle que "l'acte
de tuer est incompatible avec le devoir de ne pas nuire" et que
"l'associer aux soins saperait la confiance de familles envers les
soignants",
- elle s'interroge sur la contradiction entre les efforts qui sont faits
pour intégrer ceux qui sont malades ou handicapés et l'acte de tuer pour
empêcher la souffrance. Cela consiste à "se débarrasser du problème
en se débarrassant du malade",
- elle estime que la légalisation de l'euthanasie impliquerait "la
reconnaissance par la société que le suicide et une réponse légitime et
naturelle à la souffrance",
- enfin, elle s'interroge : "l'autonomie équivaut-elle au droit de
faire tout ce que nous voulons à n'importe quel prix" et notamment
"en obligeant les médecins et la société à reconnaître un acte
contraire à leurs valeurs ?"
"Peut-on parler légitimement
d'un droit à la mort ?", se demande-t-elle. Pour les partisans de
l'euthanasie, ce droit est sans limite. Pour ceux qui s'y opposent
"le souci du bien commun exige que l'on mette des limites à une
revendication individuelle".
Pour Corine Pelluchon, on ne
peut arriver à une "législation sage" sans intégrer dans nos lois
"nos valeurs et nos choix de société". C'est pourquoi,
conclut-elle, la loi Léonetti "est un modèle à suivre".