Le
père Patrick Vespieren, directeur du département d'éthique biomédicale
des facultés jésuites de Paris, revient sur l'autorisation délivrée par
l'Autorité britannique pour la fertilisation et l'embryologie humaine (HFEA)
pour créer des embryons hybrides humain-animal (cf.
Synthèse de presse du jeudi 06/09/07).
Obtenues par la
technique du clonage - en injectant le noyau d'une cellule humaine dans
un ovocyte animal énucléé - ces "cybrides" ont un génome presque
totalement humain. Le père Vespieren se demande "de quelle sorte
d'être vivant s'agit-il ?" et quel comportement faut-il adopter
vis-à-vis de ces embryons dont le génome est presque totalement humain.
Pour lui,
"on ne peut qu'en rester à des interrogations et constater que de
telles initiatives brouillent la frontière entre l'humain et le
non-humain. Elles sont donc à récuser pour ne pas mettre en danger la
reconnaissance de la spécificité, et donc de la dignité humaine".
Il ajoute que cette décision de la HFEA cache un "énorme enjeu
économique" et s'ajoute aux lois, déjà très libérales, en vigueur au
Royaume-Uni. "On y considère en effet que, jusqu'au 14ème jour après
la fécondation, l'embryon n'est qu'un pré-embryon et donc, à ce titre,
pas reconnu comme une forme de vie humaine respectable. Rappelons
toutefois que ce distinguo est le fruit d'un coup de force philosophique
de certains biologistes britanniques et qu'il est totalement arbitraire."
Face à ce feu vert, la
communauté scientifique reste largement divisée sur le bien-fondé de
cette démarche. Christine Verellen-Dumoulin, professeur de génétique
moléculaire médicale à l'Université catholique de Louvain (UCL) et
directeur de génétique humaine de l'Institut de pathologie et de
génétique à Gosselies, est embarrassée par le fait même que les embryons
sont hybrides. "Si pour 99%, il s'agit de chromosomes humains, il ne
faut pas oublier l'ADN de la vache qui se trouve dans le cytoplasme,
ainsi que les mitochondries également issues du bovin". Elle ajoute
aussi qu'il est "totalement exagéré et malhonnête" d'"affirmer
ou faire croire aux gens que si l'on n'autorise pas ces recherches, on
ne pourra jamais les soigner". "Il vaudrait mieux dire que les
quatorze premiers jours de la vie représentent des domaines que l'on
veut explorer parce qu'ils suscitent de nombreux points d'interrogation",
conclut-elle.
Jean-François
Denef, protecteur aux affaires médicales à l'UCL, préfère privilégier la
recherche sur les cellules souches adultes, faute de "vision
thérapeutique claire" avec les cellules souches embryonnaires.
Président de la Commission hospitalo-facultaire d'éthique à l'UCL,
Jean-Marie Maloteaux rappelle qu'il "existe d'autres voies de
recherche intéressantes qui ne posent pas de problèmes éthiques" et
qu'"il ne faut pas en [les recherches sur les embryons hybrides,
NLDR] attendre des retombées thérapeutiques directes pour les malades".