Le
Monde consacre un dossier au business des tests ADN. En 2006, le
marché mondial du diagnostic in vitro (DIV) représentait plus de
30 milliards d'euros.
Outre les acteurs du système de
soin, les principales cibles de ce marché sont des particuliers, des
magasins, des écoles ou encore des entreprises. De plus en plus de
patients notamment se tournent vers les tests en vente libre.
Les DIV reposent à la fois sur
des techniques traditionnelles d'analyse (hématologie, immunologie,
biochimie, microbiologie...) et sur deux techniques plus récentes en
plein essor : les tests de glucose et le diagnostic moléculaire. Les
tests moléculaires (ou génétiques) étudient et mesurent les variations
et mutations du matériel génétique humain. Ils représentent 20% du
marché mondial et croissent chaque année de 12 à 15%. Ces tests sont
utilisés dans la médecine de pointe, dans la lutte contre le
bioterrorisme, l'alimentation ou encore la santé publique mais, surtout,
de plus en plus, dans le développement de nouveaux médicaments ciblés
qui ouvrent la voie à la médecine personnalisée. Ces tests génétiques
devraient permettre d'élaborer des médicaments sur mesure.
Le quotidien cite l'exemple
d'une entreprise de diagnostic génétique, Labgenetics, implantée
à Madrid et à Mexico, au "business florissant". Equipée de son
propre laboratoire d'analyse génétique, Labgenetics propose,
via Internet et en espagnol, anglais, français et portugais, deux
sortes de diagnostic génétique, aux particuliers et aux professionnels.
Les premiers tests ont une finalité médicale : ils permettent de
détecter une prédisposition à telle ou telle maladie (Alzheimer,
Parkinson...). Les seconds, qui représentent les 3/4 des demandes des
particuliers, concernent la paternité. Quant aux professionnels qui
s'intéressent à de tels tests, il s'agit en grande majorité de
détectives privés. Labgenetics affirme en revanche ne pas traiter
avec les compagnies d'assurance. "Nous ne faisons de diagnostic
génétique prédictif que pour des personnes qui se présentent
volontairement, et elles doivent manifester leur consentement éclairé",
assure M. Puente, directeur technique de l'entreprise, qui se réjouit de
ne pas connaître les conséquences de ces tests chez les demandeurs. En
2007, l'activité de Labgenetics a augmenté de 40% par rapport à
2006 et son chiffre d'affaires est estimé à 400 000 euros.
En 2005, les 10 premiers
producteurs de DIV ont réalisé 80% du chiffre d'affaires mondial (contre
60% il y a 20 ans). Quelques géants de l'industrie pharmaceutique - dont
Roche, Siemens, General Electric Healthcare - concentrent le
marché entre leurs mains. Laboratoires pharmaceutiques et spécialistes
de l'imagerie médicale se battent à coup de milliards autour d'un
nouveau concept : la médecine personnalisée. Pourtant, nombreux sont
ceux qui ne croient pas en cette stratégie de développement : "les
points de convergence réels entre la pharmacie et le diagnostic se
comptent, selon eux, sur les doigts d'une main", préférant parier
sur la stratégie du "blockbuster", c'est-à-dire celle du médicament pour
tous vendu à bas prix.
En France, la loi de bioéthique
de 2004 autorise le recours aux tests génétiques dans un cadre médical
ou de recherche scientifique. Ces tests ne peuvent être prescrits que
par un médecin et nécessitent un "consentement éclairé" préalable de la
part du patient. Les résultats de ces tests doivent enfin être rendus et
expliqués par le médecin prescripteur. La législation prévoit aussi que
l'Agence de la biomédecine agrée les médecins et les pharmaciens qui
pratiquent ces tests, mais le décret n'est pas encore sorti.
Pour Carine Camby, directrice de
l'Agence de la biomédecine, ces tests génétiques posent deux problèmes
majeurs : la compréhension par les utilisateurs de ces tests difficiles
à interpréter ; et leur disponibilité croissante via Internet.
Mais, s'il semble impossible d'endiguer un tel développement sur
Internet, il serait souhaitable d'en limiter les effets pervers en les
assortissant d'un accompagnement médical. Cet accompagnement est
d'autant plus nécessaire que la fiabilité de ces tests n'est pas
garantie : aucune évaluation n'est en effet préalablement nécessaire à
leur mise sur le marché. Enfin, un autre problème se pose, les résultats
de ces tests peuvent intéresser les membres de la famille concernée...
Entre secret médical et droit à l'information, Carine Camby propose de
s'appuyer sur le discernement des professionnels.
Pour conclure, Jean-Jacques
Cassiman, professeur de génétique humaine à la faculté de médecine de
l'Université catholique de Louvain en Belgique, estime le chiffre
d'affaires potentiel du marché des tests génétiques en Europe entre 900
000 euros et 28 millions d'euros par million d'habitants, "selon
l'ampleur des prescriptions des professionnels de santé".