Pierre-Olivier
Arduin, responsable de la commission bioéthique du diocèse de
Fréjus-Toulon, revient sur les récentes déclarations de la ministre de
la Santé, Roselyne Bachelot, qui veut rendre plus accessible
l'avortement chimique (cf.
Synthèse de presse du 24/09/07). Pour cela, elle souhaite que les
comprimés nécessaires à un avortement soient donnés dans les centres du
planning familial.
Selon les chiffres officiels, en
2004, 210 700 avortements ont été pratiqués en France. Le nombre
d'avortements augmente chaque année en moyenne de 1.8% depuis 1995. De
plus en de plus de femmes de moins de 25 ans recourent à l'avortement.
Si le nombre de grossesses non prévues a diminué (46% en 1975 contre 33%
aujourd'hui), la propension à avorter en cas de grossesses non désirées
a elle augmenté : 4 grossesses non prévues sur 10 se terminaient par un
avortement en 1980 contre 6 aujourd'hui.
Aujourd'hui, l'IVG
"médicamenteuse" représente 42% des avortements. Ce sont le décret du
1er juillet 2004 et l'arrêté du 23 juillet 2004 qui ont permis la mise
en place de l'avortement à domicile. Selon la législation toujours en
vigueur, le femme doit être à 5 semaines de grossesse maximum pour
entreprendre cette démarche d'avortement domestique. Elle doit aussi
s'adresser à un médecin habilité et suivre les cinq consultations
prévues. Mais, l'expulsion de l'embryon se fait généralement dans la
solitude, hors consultation.
C'est le médecin lui-même qui
achète les comprimés qu'il se fait rembourser par le biais du forfait
IVG (191.74 euros) facturé à sa cliente, qui elle-même se fait
rembourser par la Sécurité sociale à 70%. Le décret de juillet 2004
avait d'ailleurs revalorisé les forfaits IVG de 29%, "afin d'endiguer
l'abandon de ces pratiques par des établissements qui les jugent de plus
en plus non rentables".
L'avortement à domicile
représente 16.5% des IVG chimiques, "du fait d'une hostilité plus ou
moins affichée par de nombreux praticiens". La proposition de
Roselyne Bachelot d'étendre l'autorisation de l'avortement chimique a
donc pour but de pallier cette "faible participation" des médecins...
Le projet de Roselyne Bachelot
prévoit aussi que l'organisation de l'IVG chimique dans les centres de
planning revienne au président du Conseil général. Volet qui entame "de
manière drastique le droit à l'objection de conscience".
Pour Pierre-Olivier Arduin, ces
propositions de la ministre de la Santé, devraient assurer à l'IVG
chimique une "progression inédite", "laissant complètement
démunies les femmes livrées à leurs prescriptions". De plus, cette
nouvelle pratique, "pourrait devenir rapidement à usage universel au
service des concepts de birth control (contrôle des naissances)
et de safe abortion (avortement pratiqué dans de bonnes
conditions de sécurité) véhiculés par les agences onusiennes
internationales".