Le
débat qui a lieu en ce moment sur le recours aux tests ADN pour
les candidats au regroupement familial est l'une des conséquences de
l'entrée croissante des sciences du vivant dans les champs du social, de
la politique ou de la morale.
L'usage de l'ADN humain hors de
son contexte a commencé il y a environ 30 ans, dans le milieu criminel
avec la méthode des empreintes génétiques. Il s'est poursuivi avec les
reconnaissances en paternité et aujourd'hui se développe dans le domaine
policier, avec la création des fichiers contenant la signature génétique
des personnes ayant déjà commis des crimes. Cette puissance des analyses
génétiques devrait peut être servir à recenser prochainement l'ensemble
de la population britannique
(cf. Synthèse de presse du 05/09/07). La génétique ne serait plus
alors au service de la santé, mais servirait les objectifs de sécurité
civile ou militaire.
Avec l'usage de la génétique
pour autoriser ou non l'entrée sur le sol français des étrangers, "on
prend incidemment tous les risques inhérents aux actions fondées sur le
primat d'un biologique en passe d'être sacralisé", explique
Jean-Yves Nau, journaliste au Monde. Les opposants à ce projet se
basent sur les dispositions de la loi de bioéthique en vigueur depuis
1994, qui, quelle que puisse être la vérité biologique, préserve les
liens filiaux tissés au sein d'une même famille. Si cette vérité est
valable pour les familles françaises, pourquoi ne le serait-elle pas
pour ceux qui souhaitent venir vivre en France ? s'interroge le
journaliste. "Qui trouvera les raisons d'imposer à des étrangers des
mesures réglementaires qui ne peuvent pas concerner des français ?",
se demande t-il. Il faut aussi penser aux conséquences, à terme, de ce
qui réduit l'identité de la personne à son patrimoine génétique,
réduisant l'acquis à quelque chose de sans valeur.
Ce débat intervient au moment où
la science va de plus en plus loin en matière de dépistage, comme le
montre l'affaire Metagenex, ce laboratoire qui commercialise un test de
dépistage du cancer
(cf. Synthèse de presse du 03/09/07). Le Comité consultatif national
d'éthique (CCNE) recommande que ces tests soient, à l'avenir, évalués
par une instance indépendante avant d'être commercialisés : "ce n'est
pas à la technique de dicter son usage", a souligné le CCNE.
"La question n'est plus de
savoir si nous allons vers un meilleur des mondes mais de savoir vers
quel meilleur des mondes nous allons", déclarait Jean Rostand en
1967, une maxime qui est toujours d'actualité.