Le
quotidien Le Monde publie une interview du psychiatre et
pédopsychiatre Stéphane Clerget, qui vient de publier un livre baptisé :
"Quel âge aurait-il aujourd'hui ?"*. Cet ouvrage analyse les
répercussions psychologiques des interruptions de grossesse, volontaires
comme les IVG ou involontaires comme les fausses couches.
Stéphane Clerget explique que
certaines femmes souffrent encore dix ans après la perte de leur fœtus
et que ces souffrances ne sont généralement pas prises en considération
par l'entourage ou la société. "Si on évoque les conséquences
psychologiques des IVG, on risque de devenir suspect de soutenir les
mouvements anti avortements", dénonce t-il.
Il souligne également que les
autres enfants de la famille peuvent souffrir de la perte de celui qui
aurait été son frère ou sa sœur car ils sont particulièrement réceptifs
à la douleur de leur mère. Ils peuvent aussi se sentir coupable
d'avoir désiré la disparition de celui qui aurait été un rival.
"Certains petits peuvent imaginer que le fœtus mort a été digéré par
leur mère. Ils peuvent alors craindre d'être à leur tour dévorés et par
conséquent prendre de la distance vis à vis de leur mère", explique
Stéphane Clerget. Pour les rassurer, il faut donc leur parler et les
déculpabiliser. Il signale aussi qu'une grossesse interrompue peut avoir
des répercussions sur le prochain enfant.
Pour aider ces femmes dans leur
travail de deuil, l'auteur préconise de "légitimer la douleur morale
de la perte du fœtus". S'il est possible pour les fausses couches
tardives, les morts in utero ou les interruptions médicales de
grossesse de plus de 5 mois, d'inscrire le bébé à l'état civil ou sur le
livret de famille, Stéphane Clerget estime qu'il faudrait aussi mettre
en place des rituels laïques ou religieux de deuil.
* "Quel âge aurait-il aujourd'hui
?" Stéphane Clerget - Editions Fayard