Le
Point consacre un article aux "dérives de la fécondation in vitro"
(FIV), dressant le bilan de la procréation médicalement assistée (PMA)
en France. Si, dans les années 80, la France était un des pays pionniers
en la matière, ses résultats sont aujourd'hui parmi les plus mauvais
d'Europe (juste devant la Belgique et la Serbie-Monténégro).
Le professeur
René Frydman, chef de service à l'hôpital Antoine-Béclère de Clamart,
"père" français de la FIV (il a donné naissance, en février 1982, à
Amandine, premier bébé-éprouvette français et, quatre ans plus tard, au
premier enfant issu d'une congélation embryonnaire), tente d'expliquer
cette situation. Pour lui, elle est due en partie à la prise en charge
de l'infertilité par la Sécurité sociale qui induit des abus, de la part
des couples, mais aussi de certains médecins.
Pour certains
couples, cette prise en charge est devenu un "droit" et, "même
si le pronostic est mauvais, de l'ordre de 5% de chances, ils veulent
essayer". "C'est comme si l'on greffait un cœur à un homme de 90 ans ou
souffrant d'une grave infection, on sait bien que ça ne peut pas
marcher." "Et pourtant, ils finissent par trouver des médecins
pour se lancer dans l'aventure", regrette-t-il.
D'après lui, "certaines
femmes font six, huit, voire dix tentatives, alors que le nombre
légalement remboursé est de quatre, et que, au-delà, les chances
s'amenuisent sérieusement".
"Il
n'y a pas de contrôle", dénonce-t-il. "Il suffit de faire du
tourisme médical, de changer de centres, pour passer à travers les
mailles du filet." Afin d'y voir plus clair sur les réelles
performances françaises en matière de PMA, l'Agence de la biomédecine
vient notamment de mettre en place un registre des activités de FIV.
Pour Carine Camby, directrice de l'Agence, "une base de données
permet d'envisager les mesures correctrices adaptées. C'est un vrai
outil de santé publique, nécessaire pour évaluer les besoins et proposer
une certification ainsi qu'un contrôle de qualité. Et c'est
indispensable pour assurer à tous les couples des prestations de
qualité, partout en France".
Alors que la
moyenne nationale d'obtention de grossesses ne dépasse pas les 25%, le
professeur Samis Hamamah (CHU de Montpellier) est convaincu qu'il est
possible d'"obtenir entre 40 et 50% de grossesses", "sans
tricher".
Les
spécialistes montrent aussi du doigt le manque de moyens, le manque de
reconnaissance accordée à leur profession et, par voie de conséquence,
le manque d'étudiants intéressés. "Il y a urgence à élaborer un plan
pour soutenir la périconceptologie, pour la valoriser sur le plan
universitaire et l'aider à rester performante", et ce d'autant plus
que "15% des couples consultent pour des problèmes de fertilité",
conclut René Frydman.