Hier,
jeudi 22 novembre, au Sénat, s'est tenu un colloque sur les cellules
souches adultes et les cellules issues du sang de cordon ombilical.
Placé sous le haut patronage du Président du Sénat et parrainé par
l'Académie Nationale de Médecine, ce colloque était organisé par le
groupe UMP du Sénat. Il était présidé par Madame Marie-Thérèse Hermange,
sénateur de Paris, membre du Comité consultatif national d'éthique
(CCNE) et membre correspondant de l'Académie Nationale de Médecine.
Au cours de son
intervention, le Docteur Nico Forraz (Université de Newcastle) a annoncé
le lancement, prochain, d'un consortium international sur la recherche
sur les cellules souches de sang de cordon, baptisé Novus Sanguis.
Créé par l'équipe du Professeur Colin Mc Guckin (Université de
Newcastle) et la Fondation Jérôme Lejeune, Novus Sanguis réunira
des laboratoires de plusieurs pays.
Le Professeur
Eliane Gluckman, présidente de l'Association européenne Eurocord et
médecin consultant à l'hôpital Saint-Louis (Paris), a souligné le besoin
de développer la recherche sur le sang de cordon. "Le sang de cordon
représente le futur de la thérapie cellulaire hématopoïétique et
potentiellement de la médecine régénératrice. Ce potentiel se réalisera
quand le potentiel thérapeutique du sang de cordon sera mieux connu",
a-t-elle déclaré. Elle a par ailleurs insisté sur la nécessité
d'augmenter le stock de sang de cordon dont dispose la France : "cette
augmentation est un véritable enjeu de santé publique".
A ce jour, la
France compte 6 076 unités de sang placentaire (contre 14 000 et 16 000
en Italie et en Espagne, par exemple), alors que la demande est estimée
à 50 000 greffons de sang de cordon. En attendant, en 2006, la France a
importé 53% de ses unités de sang placentaire...
Les
participants ont ensuite longuement débattu du développement des banques
de sang de cordon (il y en a deux en France actuellement : Besançon et
Bordeaux, et bientôt deux supplémentaires à Paris et Montpellier) et des
formes qu'elles peuvent revêtir. Quel système serait le plus adapté pour
la France, qui permettrait d'associer les avantages des banques
autologues à ceux des banques allogéniques ? Il semble nécessaire à la
fois de laisser la liberté aux parents de stocker le sang de cordon de
leurs enfants (banques autologues) et de respecter le principe de
solidarité, en offrant à tous la possibilité de disposer de cette
nouvelle source de cellules (banques allogéniques).
Le Docteur
Michèle Martin (Service de Génomique fonctionnelle au CEA, Evry) a
consacré son intervention aux cellules souches de peau, dont elle a
démontré l'efficacité. Elle est aussi revenue sur la formidable
publication de Shinya Yamanaka (cf.
Synthèse de presse du 21/11/07). Elle a notamment annoncé que Shinya
Yamanaka travaille déjà à contourner les risques tumorigènes de sa
technique, en isolant le gène responsable.
Devant les
progrès considérables accomplis grâce aux cellules adultes et de sang de
cordon, le Pr Huriet a insisté sur la nécessité d'intensifier les
efforts, notamment au plan politique, pour favoriser ces recherches. Il
a également demandé la poursuite du moratoire sur la recherche sur les
cellules souches embryonnaires mis en place par la loi de bioéthique de
2004, en maintenant l'interdit de principe de faire de la recherche sur
les embryons énoncé par cette loi. L'annonce de Ian Wilmut, "père" de la
brebis clonée Dolly, selon laquelle il abandonnait ses recherches sur le
clonage, au profit de la production de cellules souches sans utiliser
d'embryon (cf.
Synthèse de presse du 19/11/07), le conforte dans cette idée.
Parmi les
autres intervenants, citons : le Professeur Martijn van Griensven (Ludwig
Boltzmann Institute for Experimental and Clinical Traumatology -
Vienne) sur les cellules épithéliales et mésenchymateuses ; le
Professeur Krystina Domanska-Janik (Center for Tranfusion medicine,
cell Therapy and Criobiology - Varsovie) sur les cellules souches
neurales ; le Docteur Lorenza Lazzari (Center for Transfusion
Medicine, Cell Therapy and Criobiology - Milan) sur les cellules
souches du liquide amniotique ; le Professeur Colin Mc Guckin
(Université de Newcastle) et le Professeur Dominique Charron (Hôpital
Saint-Louis - Paris) sur les banques publiques - banques privées ;
Monsieur Jean Maribert (Directeur général de l'Afssaps - Paris) sur la
thérapie cellulaire et la sécurisation des patients.
En conclusion
des travaux de la Journée, Jean-Claude Ameisen, président du Comité
d'éthique de l'Inserm, est revenu sur la découverte révolutionnaire de
Shinya Yamanaka. Il a mis en parallèle le fait que 10 ans se sont
écoulés entre la première brebis clonée et les premiers primates clonés
; que 15 ans ont été nécessaires pour passer des cellules souches
embryonnaires de souris aux cellules souches embryonnaires humaines ;
alors qu'il a fallu à peine 1 année à Shinya Yamanaka pour passer de sa
découverte sur l'animal (publiée en août 2006) à son application à
l'homme.