Deux
équipes de chercheurs - l'une japonaise, dirigée par Shinya Yamanaka (de
l'université de Kyoto) et l'autre américaine, dirigée par James Thompson
(de l'université Wisconsin-Madison) - ont annoncé hier avoir réussi à
transformer des cellules de peau en cellules pluripotentes. Ces travaux
ont été publiés respectivement dans les revues scientifiques Cell
et Science.
Les cellules de
peau humaine ont été reprogrammées, en y introduisant quatre gènes, pour
être transformées en cellules ayant les mêmes propriétés que les
cellules souches embryonnaires, c'est-à-dire capables de se différencier
en tous types de cellules du corps humain.
Jusqu'à
aujourd'hui, beaucoup de chercheurs pensaient que, pour disposer de
cellules pluripotentes, il fallait détruire un embryon humain. Ces
publications prouvent au contraire qu'il est possible d'obtenir des
cellules pluripotentes, sans utiliser d'embryons humains.
Cette avancée
révolutionnaire est l'application à l'homme de la première découverte
faite par Yamanaka : en août 2006, il avait, en insérant quatre gènes
dans des cellules de peau de souris, obtenu des cellules au potentiel
comparable à celles des cellules souches embryonnaires (cf.
Synthèse de presse du 07/06/07).
Pour John de
Vos, biologiste spécialiste des cellules souches (CHU de Montpellier) :
"ce travail est une preuve de principe qu'il est possible d'obtenir
des cellules très proches, sinon identiques, à des cellules
embryonnaires souches, à partir de cellules adultes". "Un champ
de recherche s'ouvre. Au bout, il y a la médecine régénératrice." Il
estime néanmoins que les recherches sur les embryons humains sont encore
utiles : "pour savoir si les cellules ainsi obtenues ont les mêmes
capacités que celles des embryons, il faut bien travailler sur l'embryon".*
"Nous
sommes encore loin de la découverte de traitements ou de thérapies",
tempère Shinya Yamanaka. "Si nous arrivons à surmonter les problèmes
d'innocuité, nous pourrons alors vraiment utiliser ces cellules souches
humaines recréées dans les thérapies de transplantation cellulaire."
Cette nouvelle technique aurait aussi l'avantage d'éliminer tout risque
de rejet en cas de transplantation, puisqu'elle devrait permettre de
créer des cellules souches ayant le code génétique du patient.
A l'annonce des
résultats de Yamanaka, le professeur Ian Wilmut du Roslin Institute
d'Edimbourg et "père" scientifique de la brebis clonée Dolly, a annoncé
lundi (cf.
Synthèse de presse du 19/11/07) qu'il abandonnait ses recherches sur
le clonage, au profit de la production de cellules souches sans embryon.
Pour lui, les recherches menées par l'équipe de Yamanaka ont plus
d'avenir que l'utilisation d'embryons.
Pour
Jean-Claude Ameisen, président du comité éthique de l'Inserm, "le
travail de Yamanaka, véritable révolution scientifique, prouve qu'il est
possible de reprogrammer des cellules adultes ordinaires et montre que
la plasticité des cellules est beaucoup plus grande qu'on ne le pensait".
"Avec cette technique, on ne peut plus dire : "il n'y a pas moyen de
faire autrement."
* NDLR :
L'intérêt est en fait de savoir si ces cellules sont pluripotentes,
c'est-à-dire capables de se différencier en
tous types de cellules du corps humain,
ce qui semble démontré par ces publications. Pourquoi donc chercher à
les comparer aux cellules embryonnaires ? Attention à ne pas confondre
cellules pluripotentes et cellules embryonnaires : si les cellules
embryonnaires sont pluripotentes, cela ne signifie pas que toutes les
cellules pluripotentes sont embryonnaires, c'est-à-dire extraites de
l'embryon.