Le
Comité consultatif national d'éthique (CCNE) vient de rendre un avis
très prudent sur les problèmes éthiques posés par la contrainte
budgétaire en milieu hospitalier. Il s'inquiète de voir les acteurs
hospitaliers livrés à eux même quand il s'agit de faire des choix qui
sont dictés par l'économie. Il estime qu'il s'agit de "choix de
société qui doivent conduire à des prises de position publiques et
qu'il n'est ni légitime, ni équitable, d'en confier la responsabilité aux
seuls acteurs hospitaliers alors qu'ils concernent la société tout
entière". Ces choix doivent faire "l'objet d'un véritable débat
au niveau de la société toute entière et des responsables politiques". A défaut, "la garantie d'un accès juste aux soins de qualité"
n'existera plus, ajoute t-il.
Le sujet n'est pas facile :
"sur quels critères peut-on fonder une décision équitable lorsqu'il
s'agit de choisir entre deux impératifs souvent contradictoires :
préserver la santé d'un individu et gérer au mieux celles d'une
communauté de personnes ?". Les sages ont évoqué
des critères de décisions sanitaires qui, "dans un contexte de
ressources limitées (pourraient) conduire à des choix quelques
fois tragiques".
Didier Sicard, président du CCNE, explique que
lorsque les moyens sont limités, "les économies se font toujours sur
le dos des plus vulnérables, les personnes âgées, la psychiatrie, les
soins palliatifs". Le CCNE constate aussi que "les
conséquences d'une absence de choix, font toujours basculer la
répartition des soins au détriment des plus vulnérables", ce qui
pose la question de la déshumanisation de l'hôpital.
Enfin, il parle de "dérives",
estimant que l'hôpital est devenu "un service public industriel et
commercial qui a pour conséquence de déboucher sur un primat absolu
donné à la rentabilité économique au lieu de continuer à lui conférer
une dimension sociale".
Lire en ligne, l'avis n°101 du CCNE
"Santé,
éthique et argent : les enjeux éthiques de la contrainte budgétaire sur
les dépenses de santé en milieu hospitalier"